Blog Dominique Foray

Séminaire « La politique européenne de spécialisation intelligente : de quoi parle-t-on ? » à Paris par Dominique Foray

Nous avons le plaisir de vous convier à la dixième séance du Séminaire « Science de la Science et de l’Innovation » organisé sous l’égide du Comité scientifique et de Prospective de l’OST, pour une présentation intitulée : « La politique européenne de spécialisation intelligente : de quoi parle-t-on ? » par Dominique FORAY (Professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, Suisse)

Mercredi 12 février 2014, de 14h00 à 15h30 (accueil à partir de 13h45)

Lieu de la conférence : Le Meditel, 28 boulevard Pasteur, 75015 Paris (métro Pasteur ligne 6 ou 12)

Ouvert à tous.

Inscription préalable obligatoire.

A l’adresse suivante : SciScI.seminar@obs-ost.fr

N’hésitez pas à diffuser l’information.

 

Cordialement.

Marie Belin

Secrétariat OST

21 bd Pasteur

75015 Paris

Posted by Alexandra Von Schack Füzesi at 14:37
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Vidéo de D. Foray au Parlement européen

Prof. Foray présente le concept de S3 au Comité du Développement Régional au Parlement Européen le 22 avril 2013.

http://www.youtube.com/watch?v=p4cs19hArBc

 

 

Posted by Alexandra Von Schack Füzesi at 14:09
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La carte du chercheur d'or ne sert à rien si celui-ci ne fait pas l'effort de creuser!

Au cours de mes escapades en Régions (la dernière en Ile-de-France cette semaine), j’ai apprécié la capacité de chaque Région à inventer sa propre démarche pour identifier ses futurs domaines de priorité ; chacune s’efforçant de suivre l’esprit et la lettre de l’exercice (d’abord analyse structurelle, SWOT, etc. ; puis détection des projets de découvertes entrepreneuriales). Au-delà de la diversité des démarches et des méthodes, on peut  observer grosso modo deux modes opératoires :

Des régions qui sollicitent le monde des entreprises et de la recherche très tôt dans le processus pour collecter de l’information sur les futurs projets ; cette information représentant ensuite la base de l’élaboration de domaines stratégiques ou thématiques.

Des régions qui commencent par un exercice « en chambre » de construction de thématiques sur la base d’évidence systématique (publications, brevets, etc..) avant de solliciter le monde des entreprises et de la recherche concernées par chacune des thématiques identifiées.

Je pense que les deux démarches sont valables. Elles ont chacune des avantages et des inconvénients. La première a le mérite de respecter fidèlement la philosophie (bottom up) de la S3 mais elle a le désavantage d’engendrer une énorme complexité informationnelle. Elle implique un gros travail d’analyse ultérieur et de simplification qui comporte certains risques (voir dans le blog en particulier l’article du 27 Février).

La seconde démarche a le grand mérite de réduire assez rapidement la complexité (ce qui est un point important dans une région comme l’IdF par exemple) mais elle présente le danger de passer à côté de certaines thématiques dont le cadre d’indicateurs et d’évidences systématiques (publication, brevets) ne permet pas l’apparition. Problème pour une S3 qui doit être inclusive !

 

Dans tous les cas, on aboutit à une cartographie des domaines stratégiques. Toutes les régions l’ont faite ! Mais la carte – fort utile bien sûr – ne peut faire office de S3. Le niveau de description des domaines est le plus souvent trop agrégé. Certains domaines – très intéressants sur le papier – ne contiennent en réalité aucune dynamique entrepreneuriale ou bien l’impact des transformations potentielles par la recherche et l’innovation serait très faible pour l’économie régionale.

Il faut donc prendre cette carte pour ce qu’elle est : un outil d’exploration certes bien utile aux chercheurs d’or que nous sommes mais encore insuffisant ! La carte nous indique où il faut creuser ! Sans la carte on creuserait un peu n’importe où et ce serait très peu efficace. Grâce à la carte, on sait à peu près où pourraient se situer les gisements de métal précieux – c’est-à-dire pour nous les projets de découverte entrepreneuriale ou projets d’exploration des pistes de l’innovation (selon la très bonne définition de ce concept, donnée dans le Rapport PO FEDER 2007-2013 en Ile-de-France).

Par exemple (exemple fictif), la carte identifiera le domaine efficience énergétique des bâtiments  et intégration de la filière bois . Le niveau de granulométrie est pertinent et nous indique bien où il faut creuser. Car il faut encore creuser pour détecter les projets, identifier les partenaires, formuler les objectifs d’application à 4 ou 5 ans. Creuser pour définir le projet collectif de découverte entrepreneuriale et d’exploration collective des pistes de l’innovation.

La carte est donc un outil précieux mais pour le chercheur d’or, avoir la carte ne signifie pas la fin de la recherche. Il  ne peut s’en contenter ! Notons aussi que la carte n’est pas le territoire ; tous les domaines importants à explorer sont-ils bien là, dessinés sur la carte ? Ou bien certains auraient-ils échappé à l’analyse car ils restent largement non observables par le biais des indicateurs standards ?

Posted by Dominique Foray at 17:24
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Quelle ingéniérie financière pour la S3?

Une réunion intensive avec Frédéric Pinna (Région Centre)  le 6 Mai a permis, entre autres, d’évoluer sur un point important. Un point jusqu’à présent encore négligé par les acteurs de la S3 mais qui devient crucial au fur et à mesure que les choses se précisent.

Il s’agit de la question des outils de financement ou comment concevoir une ingéniérie financière adaptée à la S3 ? Celle-ci engendre d’une certaine façon de nouvelles formes ou morphologies d’objectifs : on veut soutenir des activités nouvelles, exploratoires et expérimentales – qui sont difficiles à saisir. Comme nous l’écrivons dans un premier policy brief de la plate-forme S3 de Séville qui va sortir sous peu : « the notion of a new activity is somewhat fuzzy. Of course economic activities take place at firm level, but the essence of S3 is not to favour one particular firm but to support the development of collective action and experience aiming at exploring, experimenting and discovering new opportunities » (Foray & Goenega, 2013). Se pose donc la question des outils financiers adéquats. Par exemple, si l’on décide de prioritiser l’activité d’exploration et expérimentation de nouvelles applications nanotech pour moderniser l’industrie du caoutchouc – c’est sans doute une excellente priorité – mais comment la financer ? Il n’est pas évident que l’on trouve les instruments adéquats dans la boîte à outil standard qui est plutôt adaptée aux financements horizontaux et aux aides sectorielles. Je n’ai pas de réponse instantanée mais avec Frédéric nous étions d’accord sur le fait que la question est centrale et urgente au moment où on commence à travailler sur les programmes opérationnels en articulation avec la S3. J’espère vos commentaires et vos lumières sur ce sujet. D'avance merci!

Posted by Dominique Foray at 16:38
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article de Jan Larosse sur les méta-priorités

Merci Dominique d'avoir ouvert cette discussion sur la relation entre les processus bottom-up entrepreneuriales (base des stratégies de spécialisation) et les processus top-down politiques (base des priorités nationales et européens).  

Nous vivons bien une période chaotique (comme tu l’observes), aussi bien au niveau des formulations de ces stratégies de spécialisations qu’au niveau des priorités nationales-européens. Les processus de ‘découverte entrepreneuriale’ se doublent des processus de ‘découvertes politique’ dans une période de grande incertitude. Dans un contexte d’incertitude extrême se produisent des mécanismes sociaux peu souhaitables, comme le comportement grégaire qui engendre la violence des bulles spéculatifs (‘the next big thing’) ou de la recherche du bouc émissaire (‘the forces of evil’). Dans une environnement avec peu de structure le plus ‘rationnel’ et de suivre la meute.   C’est pourquoi on observe souvent dans les politiques d’innovation - qui ont à faire avec  des incertitudes systématiques - des comportements de duplication. La constatation de la fragmentation des politiques de recherches et innovation à cause de ces comportements était l’origine des travaux du groupe d’expert à la DG Recherche ‘Knowledge for Growth’ dont tu étais un des inspirateurs majeurs, et d’où sortait  le ‘smart specialisation’. Parce que cette spécialisation intelligente est le comportement de différentiation souhaitable du point de vue du système tout-entière !

Mais comment stimuler ce comportement vraiment innovateur, celui de la recherche des opportunités différentiateurs? On sait que l’innovation ne se produit pas en isolement mais en réseau, pour des raisons aussi-bien de maîtrise de la complexité technologique que des limitations cognitifs des individus pour confronter un futur hasardeux. Les marchés nouveaux sont le produit d’un processus de co-création, où les entrepreneurs et aussi les gouvernements jouent leurs rôles respectifs.

C’est là le problème-clé pour les entrepreneurs, aussi-bien que pour les politiciens qui veulent stimuler une nouvelle perspective de croissance : comment converger les stratégies et les co-investissments de tous ces acteurs pour maximaliser les chances d’occurrence de ces nouveaux marchés ?  

D’abord, il y a le processus de découverte entrepreneurial, qui est une processus de recherche des opportunités nouveaux, contextualisé par des territoires avec leur histoire et leur potentiel, et toujours co-produits par les acteurs complémentaires nécessaires pour capitaliser sur ces dynamique des cluster locaux. Donc : le processus de création d’en bas, informé par les co-décisions des partenaires. L’interaction stratégique c’est au cœur du processus de découverte entrepreneuriale, c’est pourquoi les politiques de cluster sont si importants.  On plus on peut aussi espérer que les positionnements différentiateurs des clusters régionaux dans les chaînes de valeurs internationales va engendrer une ‘coordination implicite’ au niveau systèmique. Cela pourrait se produire d’une façon décentralisée, par les alignements réciproques compétitifs-cooperatifs sur bases des avantages comparatifs des régions et des clusters.

Mais ce processus reste sans direction sans un cadre assez stable des anticipations collectifs sur les mega-tendances sociétales. C’est là où les gouvernement ‘intelligents’ peuvent faire la différence, du façon top-down. En sachant qu’ils ne peuvent pas décréter les marchés futurs, mais qu’ils ont bien une responsabilité pour orienter la solutions des grands défis sociétaux vers des pistes – challenges ou missions (souvent inspirés par les lobbies ‘d’en bas’) - ou des entrepreneurs vont faire surgir des nouveaux combinaisons. 

C’est ce double processus de découverte d’en bas et d’en haut dont on est témoin aujourd’hui. Les deux doivent prendre des formes nouveaux. C’est l’accouchement d’un nouveau modèle de croissance ou la connaissance (du prospective) n’est pas seulement dans les produits mais aussi dans les stratégies de découvertes des opportunités innovateurs. Mais on en est encore au début.

Concrètement : comment utiliser les roadmaps européens (ou nationaux) imparfaits pour informer les stratégies régionaux imparfaits, et vice versa? Clairement avec beaucoup de réserve, mais en acceptant leurs rôles d’attracteurs mutuelles pour des nouveaux futurs possibles. Souvent les roadmaps européens des platforms stratégiques offrent aux régions peu douées de capacités stratégiques des repères importantes.

C’est dans cette esprit que la Flandre entend propulser les stratégies de spécialisations au cœur de la stratégie de croissance européen, mais accepte aussi les roadmaps européens comme guide dans l’élaboration de ces stratégies. Parce qu’ainsi peut émerger une gouvernance multi-level cohérente.

Peut-être un peu trop philosophique de votre goût ? Oui, il s’agit d’opérationnaliser cette gouvernance avec de activités pratiques, par exemple activités de roadmapping. On est bien intéressé d’échanger d’expérience avec vous, français ‘intelligents’ ;-) !

 

Jan Larosse  (région Flandres)

Posted by Dominique Foray at 14:26
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La S3 et les méta-priorités (nationales, européennes)

 

Jan Larosse – en charge des politiques d’innovation de la Région de Flandres et sans doute un des premiers policy makers à avoir été conquis par l’idée de spécialisation intelligente ! - m’a demandé mon avis sur l’articulation entre S3 régionale et objectifs stratégiques fixés par l’Union Européenne. Le cas de la photonique étant un bon exemple d’un tel objectif stratégique[1].  Jan m’écrivait récemment : « The big policy challenge is to link S3 with an overall European growth strategy. Isn’t largely a ‘management problem’; for aligning priority setting mechanisms to stimulate entrepreneurial co-investments? What about the role of roadmap ? »

Comment articuler les S3 régionales avec les méta-priorités, établies au niveau national voir européen ? En ces temps de « retour de l’Etat stratège », voilà une question utile. Par exemple, la photonique est une priorité européenne comme quelques autres technologies-clés. La France a fixé ses grands défis – lutte contre le changement climatique et gestion sobre des ressources, transition énergétique, réindustrialisation, santé, systèmes urbains durables et les Pays Bas ont identifié neuf secteurs prioritaires dont le développement est pensé sur le plan régional[2]. Il semble certes raisonnable de prendre en compte ces méta-priorités comme paramètre important des processus de décisions régionaux en matière de S3 mais comment faire ?

Comme on le sait, le cœur de la S3 est formé des processus de découvertes entrepreneuriales qui ouvrent de nouveaux domaines et vont donner lieu au développement de nouvelles activités ; ceci dans une logique bottom-up et décentralisée qui cherche à promouvoir les initiatives d’entreprises en association avec les dynamiques de recherche et de marché (ou d’usage).

Par définition, les S3 régionales vont produire une sorte de foisonnement d’activités nouvelles dont la cohérence est ‘locale’. On veut dire par là que les choix de priorité sont effectués essentiellement sur la base de la relation entre le nouveau projet (la nouvelle activité) et les potentiels et besoins des structures locales existantes. Je suis de ceux qui pensent qu’une certaine cohérence systémique (au niveau de l’UE) émergera de ces processus locaux si ceux-ci sont correctement initiés et gérés (découverte entrepreneuriale) car la diversité des contextes et des ressources entre les régions se traduira par une diversité au moins équivalente de projets et d’activités nouvelles – exactement ce que nous souhaitons.

Mais comment articuler ces foisonnements d’initiatives régionales aux méta-priorités qui expriment une volonté de structuration plus générale (aux niveaux national, voir Européen) ? Je comprends les logiques de prioritisation aux niveaux national ou européen comme un effort de concentration de ressources et de stimulation d’activités sur des objectifs stratégiques, sans que l’on ne puisse éviter (et pour cause) une certaine logique bureaucratique, centralisée et top down pour le choix de ces objectifs. On est donc plutôt dans une forme de politique industrielle assez traditionnelle (les Etats ont toujours cherché à établir des priorités stratégiques) qui  a du mal, par définition,  à se construire sur la base des connaissances entrepreneuriales existantes : les niveaux d’agrégation et de granulométrie auxquels ces objectifs sont définis sont élevés. A ces niveaux, il devient difficile de distinguer et construire les projets de découverte entrepreneuriale et les niveaux plus fins résultent d’une désagrégation des activités du haut vers le bas produisant des thématiques qui peuvent être sans relation avec les activités de découverte entrepreneuriale  à la base de la S3 .

Prenons l’exemple du plan stratégique Photonics. C’est sans discussion possible une technologie clé. Celle-ci est bien évidemment identifiée à un haut niveau de généralité ou d’agrégation puis le plan décline 6 thèmes, eux-mêmes composés de sous-thèmes qui sont plus ou moins traduits en défis de recherche et d’innovation. On est vraiment dans une logique d’identification qui va du haut vers le bas ; laquelle permet d’exprimer une certaine cohérence d’ensemble mais risque aussi d’être peu liée aux dynamiques d’entreprise. La cohérence du plan d’ensemble est essentiellement en termes de système technique (il faut résoudre ce problème pour aborder le suivant).

Comment utiliser ce roadmap ? Par exemple, celui-ci identifie les recherches sur le laser comme un sous-thème tout à fait essentiel. Qu’est-ce que cela peut changer pour la région Aquitaine qui va certainement sélectionner un projet de découverte entrepreneuriale dans ce domaine ?

Soit le grand architecte de Bruxelles ou de Düsseldorf (siège du secrétariat de Photonics21) organise une sorte d’immense division du travail pour affronter tous ces problèmes de façon systématique – ce qui serait bien évidemment totalement contraire aux principes de découverte entrepreneuriale - soit les régions concernées (qui ont des compétences identifiées dans ces domaines) utilisent ce roadmap comme une information supplémentaire pour situer leurs capacités et leurs objectifs sur le plan européen.

Au fond, un processus de découverte entrepreneuriale est informé par un ensemble de structures d’incitations et d’opportunités qui existent à tous les niveaux d’organisation de l’activité économique, notamment au niveau local (par exemple la disponibilité du capital humain, d’une base de connaissance et de compétences adéquate), mais aussi bien sûr aux niveaux national et européen (les marchés, la concurrence, certaines ressources de recherche ou de financement). Or les méta-priorités font partie de ces opportunités ; elles engendrent des possibilités supérieures de financement et suscitent la création de plate-forme de services et de technologies ; lesquelles peuvent dans certains cas déterminer des spirales vertueuses d’effets externes  et d’agglomération de ressources (clusters). Tout ceci doit être pris en compte dans les processus de décision S3. Un projet de découverte entrepreneuriale dans le domaine de la photonique doit être ainsi évalué aussi par rapport au fait que cette découverte peut être à l’origine d’une activité nouvelle qui entrera non seulement dans la S3 régionale mais aussi dans le roadmap stratégique « photonique » de la Commission.

L’idée fondamentale n’est donc pas de chercher obligatoirement à aligner sa S3 sur certaines méta-priorités. Ceci serait contradictoire avec la logique bottom up et décentralisée de la S3 ; les découvertes entrepreneuriales doivent avoir le dernier mot car ce concept est beaucoup plus riche que celui de système technique pour établir des priorités. Il s’agira plutôt de bien tenir compte des méta-priorités et des opportunités qu’elles offrent quand vient le temps de l’évaluation et de la sélection des projets de découverte entrepreneuriale au niveau de la politique régionale.

Pour finir, il me semble que le résultat de cette production de méta-priorités est assez chaotique ; le grand nombre de méta-priorités nationales et européennes forment  un ensemble un peu confus avec de nombreuses redondances et duplications. En outre, le terme de méta-priorités cache beaucoup de chose ; toutes n’ayant pas la même valeur d’information ou de coordination. Certaines restent très vagues et procèdent plus de l’affichage politique ; d’autres – comme la photonique – sont précises et détaillées mais les logiques d’identification vont de haut en bas en respectant une forme de cohérence technique souvent déphasée par rapport aux processus locaux. Ces dernières méta-priorités sont cependant importantes et doivent être considérées par les décideurs régionaux en charge de la S3. Elles sont informatives sans être décisives.

 



[1] - Towards 2020 – Photonics driving economic growth in Europe, European Technology Platform Photonics 21, Brussels, 2013

[2] - The rationale of spatial economic top sector policy, Statistics Netherlands & PBL Netherlands Environmental Assessment Agency, 2012. On peut trouver ce rapport sur www.pbl.nl/en

 

Posted by Dominique Foray at 14:55
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Chambord et Chenonceau dans la vitrine?

De retour d’Orléans où le Comité Stratégique Régional  de l’Innovation de la Région Centre se réunissait sous l’autorité du Préfet et du Président de Région (félicitation au passage à Frédéric Pinna – grand contributeur de ce blog -pour l’organisation de la journée !), j’aimerais reparler du cas du tourisme comme priorité possible car c’est un cas qui intéresse de nombreuses régions et en outre nous l’avons transformé en sorte de cas d’école pour illustrer que dans de nombreuses régions, certaines activités liées au tourisme pouvaient être élevées au rang de priorité S3. Ainsi, le développement de telle ou telle activité de recherche, de technologie et d’innovation (sans doute fondée sur les TICs) pour améliorer l’efficacité du service touristique ou bien le développement de certaines compétences digitales pour en transformer l’offre ou l’élaboration de certains savoirs technologiques au service de la conservation du patrimoine ; tout ceci ferait bien dans la vitrine de la S3 ! Et effectivement une telle priorité permet de poursuivre les deux objectifs que nous avons toujours associés : améliorer les performances d’un secteur (ici le tourisme) par la recherche, l’innovation et le changement structurel ET (au passage) construire des capacités nouvelles d’invention et d’innovation pour conquérir une certaine niche de marché (ici le développement d’application TIC pour tel ou tel service touristique). Donc Chambord et Chenonceau feront très bien dans la vitrine, pas de doute ! Cependant, quand on regarde de plus près, comme l’a fait scrupuleusement la Région Centre, on s’aperçoit que les entreprises éventuellement concernées par ce processus de découverte entrepreneuriale et de développement d’une nouvelle activité sont massivement hors de la Région ; pas très loin (en Île de France) mais pas là. Faut-il quand même prioritiser Chambord, Chenonceau et les autres ? A mon avis non !

En effet on va massivement financer des activités et des entreprises hors de la région pour améliorer l’offre touristique. Je ne dis pas qu’on ne devrait pas améliorer cette offre ; il faut sans aucun doute le faire dans le cadre d’une politique sectorielle mais pas dans le cadre de la S3. Certes, on a dit et redit que l’établissement d’une priorité n’imposait pas que toutes les ressources nécessaires à la nouvelle activité soient disponibles dans la région ; évidemment non et toutes les combinaisons sont possibles entre ressources intra-régionales et ressources extra-régionales. Cependant il  faut quand même qu’un minimum de forces potentielles et d’acteurs dynamiques soient présents dans la région, autrement on bâtirait sur du sable : certes l’offre touristique sera améliorée mais aucune capacité nouvelle n’aura été engendrée pour la région. En somme ne confondons pas les beaux objets que l’on a et que l’on voudrait mettre dans la vitrine (châteaux et cathédrales, plages et montagnes, vignobles) mais qui n’y ont pas leur place et les beaux projets qui visent à transformer par la recherche et l’innovation les activités associées à la valorisation de ces objets. Quand ces projets existent et si leur centre de gravité est bien dans la région considérée, ils ont alors toute leur place dans la vitrine de la S3 !

Posted by Dominique Foray at 16:48
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En passant par Montpellier..les critères de prioritisation prennent forme

Une journée de travail animée et riche avec les principaux responsables Région et Etat de la future S3 du Languedoc-Roussillon permet de bien voir que l’heure de vérité approche ! En effet, dans cette région, comme dans la plupart de celles que je connais, un travail formidable a été effectué à propos des thématiques et des domaines d’activités stratégiques. Le résultat est une excellente cartographie  on va dire - de domaines d’activité, à un niveau de granulométrie pertinent.  Il résulte de cet exercice en Languedoc Roussillon une quarantaine d’items identifiés dans le cadre d’un processus de consultation et d’analyse très approfondies – chaque item étant aussi analysé grâce à une approche multifactorielle originale et très informative. Le problème suivant est : qu’est-ce qu’on fait avec ces 40 domaines ? La tentation est de les regrouper pour arriver à 8 – 10 domaines. "Génial car on est dans les clous : on a nos 10 priorités et en plus tout notre système est dedans ! C’est magique ?" Pas tout à fait d’accord !

En fait regrouper la quarantaine de domaines en 8-10 super-domaines- ce que toutes les Régions ont tendance à faire - peut être utile. C’est un exercice très utile quand il est fait NON PAS pour produire le nombre magique (5, 6 ou 10) tout en incluant tout le monde mais pour mettre au jour des synergies et des liens plus ou moins cachés entre des activités dont le regroupement dans un domaine unique a un sens sur le plan de l’innovation et peut donc  amener une nouvelle perspective. Par exemple, dans la mesure où le thème « capteurs, TIC,  interface HommeMachine » s’appliquent également  à l’environnement, l’agro, la santé, la logistique, le tourisme, pourquoi ne pas avoir une activité « capteurs-TIC  IHM et  toutes ses applications » plutôt que 5 ou 6 thématiques séparées ? Dans ce cas, le regroupement est tout à fait légitime car sa rationalité est forte en  termes de dynamique de l’innovation, synergie, spillovers, etc. Mais dans d’autres cas, les regroupements sont plus suspects et correspondent plus au souci de réduire le nombre de thématique sans exclure personne ! (Chaque région se reconnaîtra un peu dans cette stratégie!).

L’exercice d’agrégation qui a permis de passer de 40 à 10 n’est donc pas inutile car il peut permettre – comme dans le cas « capteur – TIC - IHM » - de lier plusieurs brindilles pour en faire un fagot (expression d’Aquitaine !). Le cas « capteur- TIC - IHM » est excellent car on voit que le lien (qui attache les brindilles ensemble)  n’est pas factice ou purement politique. Dans d’autres cas…

 

Mais même là où le regroupement semble rationnel et raisonnable du point de vue de la dynamique d’innovation, cela ne nous épargnera pas de procéder à l’étape suivante qui est celle de l’identification, la détection voire la construction des projets de découverte entrepreneuriale qui se trouvent potentiellement au cœur des 8-10 grands thèmes. Dans certains cas, ces projets pourront ressortir des assemblages de sous-thèmes (qui sont apparus grâce à l’exercice d’agrégation précédent), dans d’autres cas non ! C’est le moment de vérité car il s’agit d’appliquer des critères pertinents et transparents pour identifier les 8-10 projets de la S3 à partir du travail d’analyse effectué mais sans que ces 8-10 projets ne relèvent que de montages et d’assemblages artificiels qui au bout du compte ne reflèteraient qu’un travail d’agrégation et non pas les dynamiques entrepreneuriales.

Je propose donc en urgence de réfléchir collectivement à ces critères. Avant (je dis bien avant) d’entrer en réunion ou en atelier pour écouter une multitude de porteurs de projets, chacun pensant en toute bonne foi que le sien est le meilleur, il faut que cette liste de critères soit établie et déjà connue de tous.  Aquitaine applique sa méthode des 7C (je leur laisse le soin de la présenter s’ils le souhaitent sur ce blog).  Un rapide brainstorming en Languedoc Roussillon a conduit à la liste de questions suivantes, qui à mon avis permettra d'éliminer nombre de candidats à la S3:

  • Quelle est la proximité du projet à l’innovation et au marché ? On n’est pas dans la recherche fondamentale ; les applications doivent être à la portée de ce projet.
  • Est-ce que ce projet ouvre un nouveau domaine potentiellement riche en innovations futures ? Idée de changement structurel, on ne prioritise pas une « simple » innovation, renouveler le système, le diversifier c’est explorer et ouvrir de nouveaux domaines.
  • Quel est le degré collaboratif (ou collectif) du projet ? On ne prioritise pas une entreprise individuelle mais une activité qui rassemble un certain nombre d’acteurs ; lesquels peuvent d’ailleurs être en concurrence (point important).
  • Le financement public est-il nécessaire ? Il faut savoir renoncer à des projets « qui feraient bien dans la vitrine » mais qui sont tellement bons qu’ils seront accomplis de toute façon par les acteurs concernés. Quand on finance avec les deniers publics ce type de projet, on appelle cela « picking the winners » ; ce qui indique que l’on a gaspillé un peu  (car le gain marginal que ce projet obtiendra avec le financement public sera sans doute très inférieur au gain marginal qu’un projet plus risqué et moins évident obtiendrait avec le même financement).
  • Quel poids économique futur, quelle signification pour l’économie de la région ? Il faut que l’objectif visé, le point d’arrivée du projet ait une traduction économique significative (on peut avoir des projets de grande qualité mais tellement pointus et isolés que « leurs résultats même excellents ne se verront pas dans les statistiques » (pour reprendre une partie d’une expression célèbre de Bob Solow, Prix Nobel d’économie !)
  • Quelle est la capacité du territoire à bien entourer ou arrimer l’activité nouvelle au système régional de sorte que celle-ci ne s’en aille pas à la première offre d’achat venue; auquel cas la S3 n’aurait financé que le développement d’une activité dont les gains principaux seront répartis ailleurs ? Le syndrome « innovation here, benefits elsewhere », bien décrit par mon collègue Manuel Trajtenberg, pointe un vrai problème et donc la capacité à résister à la délocalisation d’actifs précieux est un vrai critère. Un projet qui se construit sur la base de fortes complémentarités régionales aura plus de chance de rester qu'un autre plus isolé.
  • Ce projet peut-il de façon réaliste conduire la Région vers une situation de leader dans le domaine/la niche considérés ? L’idée qui était vraiment au départ de la S3, telle que pensée par Foray, David and Hall, était effectivement de transformer chaque région en leader mondial (au moins européen !). Leader ? Oui..mais non pas dans une technologie générique TIC/nano/bio ; ce qui serait tout à fait utopique mais au niveau de granulométrie qui permet précisément la définition fine des domaines où ce leadership est possible (à condition de rassembler, concentrer, impulser, etc..)

Voilà la liste établie à Montpellier ; merci à tous ceux qui y ont contribué. Elle est bien entendu imparfaite et incomplète ; donc à vos claviers ! Encore une fois, c’est un exercice capital pour passer de façon rationnelle ET transparente de la phase d’identification et d’analyse des thématiques à la phase de prioritisation des projets.

Posted by Dominique Foray at 10:22
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La découverte entrepreneuriale: "cela ne s'invente pas!"

La découverte entrepreneuriale – "cela ne s’invente pas !"

 

Un grand merci à Frédéric, Hubert et Pierre pour leurs commentaires sur différents articles et propos.

Je trouve que Pierre a souligné un point essentiel : la S3 ne doit pas se résumer à de grands axes ou de grands thèmes (voir les articles précédents « early feedback » et « comment échouer? ») mais elle doit se construire à partir du processus de découverte entrepreneuriale. Or, écrit-il, la découverte entrepreneuriale,  «cela  ne s’invente pas en quelques mois en faisant une étude. Ce processus se construit avec les acteurs dans le temps, est mouvant, vivant et dynamique »  Je pense que l’on touche là au cœur de l’exercice. Encore une fois le concept de découverte entrepreneuriale est fondamental pour aller un cran plus loin que la description des structures. Les deux mots sont importants : entrepreneuriale pour montrer l’aspect bottom up, on n’est pas dans une logique de plan quinquennal, la connaissance entrepreneuriale est l’input clé ;  et découverte pour souligner l’aspect (re)fondation d’un domaine, création de nouvelles opportunités – on veut concentrer des ressources sur une activité de découverte et non pas sur une simple innovation.

Clairement cela ne s’invente pas en quelque mois ! Dans chaque région, on trouvera quelques cas de découverte entrepreneuriale spontanée (qui viennent logiquement des segments dynamiques de l’économie incluant les entreprises technologiques, ouvertes à l’internationale, adossées à la recherche, ou encore les grands organismes de recherche qui ont les capacités évidentes (sinon  les incitations) à produire des projets de découvertes entrepreneuriales . Mais on trouvera aussi de nombreuses situations où les potentialités de développement et de transformation par la recherche et l’innovation sont là, bien présentes et visibles sauf que la dynamique entrepreneuriale qui pourrait les réaliser est absente. Il y a donc toute une part de la S3 qui doit être consacrée à la construction de ces projets. Ceci implique une flexibilité des financements (échelonnement, report) et une variété d’instruments à mobiliser dans le cadre des PO correspondants. Un PO consacré au financement d’une activité émergente bien définie et structurée et qui relie, disons, une dizaine de firmes technologiques, un laboratoire universitaire et le CEA sera de nature différente d’un PO consacré à la recherche d’activités, à la stimulation des découvertes entrepreneuriales qui n’existent pas encore dans un secteur moins bien structuré. Il est important de bien maîtriser la variété des instruments disponibles et leur adaptation aux différentes situations et logiques poursuivies dans le cadre des futurs PO.

Pour finir, le lien avec la notion de S3 inclusive est évident. Pour éviter l’élitisme que dénonce Pierre Benaim à la fin de son commentaire, il faut effectivement donner à chacun sa chance ; c’est-à-dire faciliter l’émergence de projets de découverte entrepreneuriale là où la recherche, l’innovation, la nouveauté représentent des outils de transformation évidents mais non encore exploités.

Quant à la question de la légitimité des entrepreneurs,  soulevée par Frédéric, j’ai du mal à comprendre le problème soulevé par la Commission. Ce qui est sûr c’est que la disponibilité d’une critériologie robuste et transparente est absolument vitale pour « légitimer » les décisions qui seront prises. J’en parle dans un prochain article, rédigé à la suite d’une visite en Languedoc Roussillon !

 

Posted by Dominique Foray at 10:12
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"Early feedback"

Une réunion de la plate forme S3 aura lieu le 18 février à Bruxelles. Elle est consacrée à l'échange d'expériences entre experts de la Commission qui interagissent avec les régions pour les assister dans l'élaboration de leur S3 (ce que je fais pour certaines régions françaises). Ne pouvant me rendre à cette réunion, j'ai promis d'envoyer mes premières impressions, issues de mon travail avec les régions Aquitaine, Alsace, Limousin, Rhöne-Alpes et Centre. Vous trouverez ce document attaché à cet article. Je serais très intéressé par vos réactions (mêmes épidermiques). Ce document est en anglais. I am very sorry!!

Dominique Foray

Posted by Dominique Foray at 10:42
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