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Réactions aux questions de Didier Dareys

Réactions aux questions formulées par Didier Dareys (emails– 22 Novembre et 26 Novembre)

 

Je souhaite enclencher la discussion à partir de deux emails de Didier Darreys, dont je me suis permis d’extraire les questions et remarques fondamentales

Email du 22 Novembre

« Les questions pourraient être les suivantes :

  •  Peut-on faire une S3 réussie sans une SRI aboutie ? ou quel degré de réussite de la SRI doit- on avoir pour enclencher une S3 ?
  •  Laquelle doit l’emporter : la spécialisation ou l’intelligence ? ou l'exercice repose-t'il avant tout sur une specialisation étroite ou pouvons-nous envisager des notions plus larges ?
  •  S3 et TIC : une stratégie à part ou intégrée ? Coment établir une S3 TIC ? Où est le guide ?
  •  Jusqu’où peut aller la spécialisation sans nuire à la diversification de la région ?
  •  Combien de spécialisations peut-on  mettre en place ?
  •  La S3 doit-elle fixer des objectifs ou s’attacher à une méthode ?
  •  Quelle est la liberté d’évolution de la spécialisation sur la durée de la programmation ?

La S3 est-elle appelée à remplacer la SRI ?

Avant de faire une S3 régionale, devons-nous attendre une S3 nationale comme le demande le position paper et l'a rappelé Mikel Landabaso ? Que doit préconiser cette S3 nationale : des choix de filières par région, des technologies déjà nationalement réparties ? » 

 

Email du 26 Novembre

« En premier lieu, il me semble important de préciser que la smart spécialisation est une stratégie qui complète la stratégie régionale de l'innovation mais qui ne s'y substitue pas. La SRI, établie au préalable sur fonds FEDER, a vocation à diffuser dans les stratégies économiques plus générales des collectivités et de l'Etat. Ce qui va se passer avec l'inscription dans la loi l'obligation pour la Région de faire non plus un schéma régional de développement économique, mais un schéma régional de développement économique et de l'innovation. Ce qui ne sera pas financé par les fonds FEDER au titre de la stratégie de smart spécialisation sera donc financé par les fonds régionaux au titre de la SRDEI. Il y a donc une vie à côté de la smart specialisation.

Les projets vont donc circuler entre la SRDEI et la S3.
 »
 

Ces deux emails abordent nombre de questions que j’ai rassemblées autour de quelques grands thèmes.

 

 

Sur les relations S3 et SRI (SRDEI) et sur la liberté d’évolution de la spécialisation (ces questions sont liées)

Je confirme qu’ il y a une vie à côté de la S3   J et effectivement les projets doivent circuler entre SRDEI et S3. Ceci est lié à l’idée de spécialisation évolutive et découverte permanente d’activités ( question venant aussi de Nicolas Carboni (Satt – Connectus, Alsace) ; posée à l’occasion de la première réunion en Alsace). On voit bien le dilemme entre :

  • concevoir un mécanisme S3 flexible et agile de sorte que l’on soit prêt à identifier de nouvelles priorités au cours du temps et donc les supporter (ce qui implique de « laisser tomber » les priorités initiales) et
  • assurer la continuité des financements et du soutien (il faut 5 ans au moins pour que les fondations d’une nouvelle activité soient solides, etc..) .

Mais ce dilemme est moins compliqué qu’il pourrait apparaître à première vue :  oui,  effectivement, il est logique que les priorités S3 prises 4 ou 5 ans en arrière laissent la place à de nouvelles priorités (pour la S3, le qualificatif « nouvelle » dans « nouvelle activité » est très important) ; mais ceci ne veut pas dire qu’ il n’y aurait plus de financement pour les activités prioritisées initialement. Elles sortent de la S3 pour se financer dans le cadre des autres instruments des politiques d’innovation horizontales. Donc comme le dit bien Didier Dareys : il y a une vie après ou à côté de la S3 et les projets doivent  circuler entre S3 et SRDEI.

Et la complémentarité entre S3 et SRI est même plus générale. En effet une « SRI aboutie » , comme le dit Didier Dareys, facilite la S3 : il y aura plus de découvertes entrepreneuriales et donc plus de nouvelles activités qui peuvent prétendre à faire partie de la S3 ; le problème ici étant de ne pas se laisser trop aveugler par les lumières du high tech et faire le nécessaire pour que de nouvelles activités émergent aussi des parties plus « tranquilles » de l’économie régionale (voir ci-dessous la notion de S3 inclusive) .

Donc la qualité de la SRI conditionne l’exercice S3. Cependant et réciproquement (juste pour être tout à fait complet), dans une région moins avancée avec un système régional d’innovation faible (où « tout est à faire »), le fait de cibler un petit nombre d’activités et mettre le paquet sur celles-ci est une voie évidente de progression (effets d’entraînement sur l’ensemble de la SRI)

 

Question : S3 et TIC

Comme il y a deux targets : R&I et TIC devons-nous avoir deux S3. A mon avis non pas du tout !

Il y a une seule S3 et les TIC y ont toute leur place. Elles interviennent de deux façons : dans de nombreuses régions, les TICs constituent un secteur dynamique par lui-même et des priorités en ressortiront et seront intégrées normalement à la S3 ; et dans pratiquement tous les autres secteurs les nouvelles activités qui seront prioritisées prennent appui sur les TICs (TICs appliquées à X ou Y). Ainsi la S3 d’Aquitaine ou d’ Alsace sera « pleine de TIC » (si on peut dire) sans besoin d’une S3 particulière.

Enfin encore une fois « il y a u ne vie en dehors de la S3 »: i.e. pas mal d’actions de promotion des TICs relèvent plus de politiques horizontales en ce qu’elles concernent l’ensemble de l’économie de la région.

 

Questions sur combien de spécialisations ? , spécialisation versus diversification, S3 comme stratégie inclusive

Je crois que les présentations faites à Bordeaux et à Strasbourg tentaient de répondre à ces questions en montrant notamment qu’un objectif essentiel de S3 est de diversifier l’économie ; mais cela ne peut se faire que si on accepte l’idée de spécialisations évolutives (discussion ci-dessus).

En montrant aussi que le niveau de repérage et identification des activités n’est ni le niveau sectoriel (pas de spécialisation sectorielle) ni celui de micro-projets (dans ce cas il n’y aurait plus de spécialisation du tout et on serait dans une politique horizontale selon laquelle on finance tous les projets ayant un certain mérite). On doit trouver le fameux niveau intermédiaire ! Voir la petite note méthodologique n°1 qui a circulé après les réunions et qui est postée sur le blog, en annexe de cette discussion.

Par ailleurs, les slides envoyés par D.Darreys  sur l’élaboration et le rythme/phasage de la SI sont  très bons. J’en ai reparlé en Alsace et ensuite au Pays Basque ; c’est effectivement super important d’élaborer une stratégie inclusive – qui recouvre tous les secteurs et notamment les non high tech. Cela ne veut pas dire forcément qu’on doive prioritiser un projet dans chaque secteur mais on  doit donner à chaque secteur une chance d’être présent dans la SI ; et pour que cette chance soit effective, il y a nécessité de rythmes différents ; il y en a qui sont plus lents que d’autres ! (voir aussi la note n°1 sur ce point). On pourrait prendre cette phrase de Ned Phelps (Prix Nobel d’Economie il y a quelques années) pour motiver notre logique : « While dynamism is crucial, we want dynamism with economic justice – with what I call economic inclusion. It means drawing companies and people into the economic sector of a modern economy, where new ideas for new processes and products are conceived and experimented”. Je trouve que c’est exactement ça! Désolé pour le cours d’économie J

 

Devons nous attendre une S3 nationale  avant de procéder à la S3 régionale ?

Personnellement je pense que cela n’a aucun sens et c’est très contradictoire avec la nature de l’exercice. Les interactions déjà très complexes entre les processus d’activités émergentes et les pouvoirs publics au niveau régional deviendront totalement opaques et sans doute inefficientes si l’on rajoute une couche. J’étais content de voir à Strasbourg que M.Vaillant de la Datar partage ce point de vue.

 

Calendrier

Un dernier point qui m’inquiète ; à nouveau bien pointé au cours de la réunion en Alsace ; c’est la question du calendrier. Si effectivement les régions doivent présenter une S3 totalement élaborée en Avril 2013 ; je trouve que cela disqualifie la démarche car si l’on est cohérent, il n’est pas possible d’élaborer cette S3 en quatre mois – même si l’analyse structurelle a déjà été faite. Donc la question est : qu’est-ce qu’il conviendra vraiment de délivrer lors de la première échéance. Espérons que les gens de la DG Regio, inscrits sur ce blog, éclairent nos lanternes !

Dans l’attente de vous lire,

DF

Posted by Dominique Foray on Thursday 13 December 2012 at 15:18
Comments
Bon, puisqu'il faut bien s'y risquer, commentons au risque de dire parfois des bêtises !

L'auteur du blog a toute légitimité pour disserter sur la portée des considérations liées au concept de Spécialisation Intelligente ; alors, en tant que "commentateur" (et surtout comme praticien de terrain), explorerai volontiers les limites - vieux réflexe de plan de dissertation en droit : 2 parties, portée / limites

Pour ce qui est de la maxime, "il y a une vie en dehors de la S3" : oui, mais..
Le mais réside, selon moi, notamment dans les contreparties publiques qu'il faudra trouver pour mobiliser les fonds européens.

Pour ce qui est du fait d'attendre une RIS3 nationale vs les RIS3 régionales. C'est effectivement "contre nature", mais...
Mickaël Vaillant a bien fait de s'exprimer en ce sens à Strasbourg, mais un éminent représentant de la DG Regio à plaidé lors de la rencontre annuelle France du 19 décembre pour une coordination au niveau national pour que les services n'aient pas à gérer directement les projets de RIS3 de toutes les régions françaises !
Par ailleurs, ce serait être un tantinet angélique en imaginant que la tentation de créer des PO thématiques nationaux serait faible.

Pour ce qui est du caractère inclusif. C'est souhaitable et même louable, mais...
Comment faire quand il n'y a plus de crédit ? Parce que pour beaucoup de porteurs de projets surtout s'il sont bénéficiaires, leur intérêt à transformer l'économie régionale est... comment dire... très limité. Il suffit d'avoir animé des groupes de travail pour réfléchir au piste de spécialisation pour en être rapidement convaincu.

Pour ce qui est de la nécessaire agilité pour saisir les opportunités qui se présenteront et "laisser tomber" ce qui n'est plus vraiment pertinent, il y a là un vrai progrès dans la gestion des politiques publiques, mais...
Comment va t on motiver les élus et décideurs locaux à aller expliquer à des bénéficiaires que désormais, l'argent facile c'est fini ? Le recours à des indicateurs de suivi, de réalisation, d'impacts ? Le séminaire sur ce sujet à Groningen fin janvier va alors faire le plein !
Le simple fait pour des chercheurs publics de lire dans le fact sheet de la Commission qu'il ne fallait plus se limiter à l'excellence scientifique régionale suffit à leur faire pousser des cris d'horreur.
Et si on parlait un peu d'arrêter le soutien à des clusters pourtant évalués comme non performants ???

Pardonnez le ton un peu sombre de ces quelques réflexions mais elles visent surtout à susciter la discussion.

Et ce ne sont que quelques questions que se pose quelqu'un pourtant "proS3"..
Posted by Frederic Pinna on Friday 28 December 2012 at 20:46