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Le rôle des Organismes Publics de Recherche: l'exemple de l'INRA

Une réunion à Paris (19 décembre) avec les Chefs de Centre de l’INRA m’a donné l’occasion de réfléchir au rôle des organismes de recherche publique (ORP) dans la S3. Depuis quelques temps déjà nous pensons que ce rôle est important, notamment pour soutenir les logiques de découverte entrepreneuriale  ainsi que pour aider à la coordination des acteurs et partenaires au cours des processus d’émergence et de croissance des nouvelles activités qui ont été prioritisées.

Cependant on peut être plus spécifique. Face à un organisme comme l’INRA, extrêmement présent dans les régions et se présentant comme un partenaire actif des entreprises des secteurs de l’agriculture, agro-alimentaire et autres, on peut se demander quelles compétences l’INRA peut-elle apporter à l’élaboration des S3 régionales. Ces compétences au fond consistent dans ce que les régions ne maîtrisent pas. On attend de chaque région l’élaboration d’une vision stratégique sur son futur ; une stratégie inclusive par laquelle elle repère et affiche certains objectifs de transformations structurelles : réveiller les géants endormis ou mobiliser encore plus les lutins énervés grâce à la prioritisation de certains projets innovants. « J’aimerais réveiller un peu tout ça , se dit le Conseil Régional, mais comment et pourquoi » ? C’est là que l’INRA doit amener ses compétences sur le futur de l’agro-alimentaire, les transitions technologiques et organisationnelles qui s’imposent de façon impérative et qui ne seront réussies que par l’innovation.

En croisant la vision stratégique du futur de la région (que la région doit forger) et la vision stratégique du futur des secteurs agros (que l’INRA doit apporter), on va pouvoir identifier les domaines où de nouvelles activités devraient émerger sans tarder.  Il y a par exemple des transformations fondamentales de métier qu’il faut engager, dont l’INRA connaît les pistes et que certaines régions doivent impérativement placer dans leur S3 car ce sont des secteurs qui comptent pour ces régions.  Dans des domaines peut être moins structurés que d’autres en termes de clusters et de capacités entrepreneuriales, l’INRA doit amener l’expertise qui permettra de savoir où stimuler et où chercher les bons projets.

Après, comme on l’a souvent souligné, cette macro-analyse des structures et des tendances qui identifie des domaines potentiels de prioritisation doit être validée par la qualité des découvertes entrepreneuriales et des projets. Mais là encore l’OPR peut/doit jouer un rôle d’éveil : partenariat , mise en réseau et tout autre mécanisme visant à stimuler ces processus  de découverte et d’exploration.

L’INRA n’a pas à se poser la question de sa légitimité à intervenir dans la S3. On vient de montrer qu’elle est bien réelle. Elle doit en revanche se convaincre elle-même (et notamment penser l’articulation entre stratégie scientifique et implication territoriale sans se contraindre à une harmonie totale entre les deux niveaux) et convaincre les autres (et notamment s’imposer à la table régionale pour apporter son expertise).  

Posted by Dominique Foray on Friday 21 December 2012 at 9:25
Comments
Le cas présenté par Dominique au sujet de l'INRA et des "grands organismes de recherche" est effectivement fondamental dans le système français.
Non seulement leurs contributions peuvent s'avérer essentielles sur le fond mais, également, ils sont étroitement liés (par des unités mixtes de recherche) aux universités qui ont, elles, une dimension territoriale.

Si les grands organismes de recherche ont légitimité ET compétence pour participer à l'élaboration des domaines potentiels de spécialisation, comment éviter l'inévitable tendance à jouer plus la carte du lobbying que de la participation objective ?

En région Centre l'INRA est, depuis l'origine, impliqué dans le processus d'élaboration de la RIS3, d'autant plus que nous avons la chance d'avoir deux centres.

Au regard des échanges que nous avons pu avoir tout au long du chemin qui nous mènera vers un positionnement plus pertinent, avec l'INRA mais aussi les autres acteurs de la recherche publique comme le CNRS, les conseils des 2 universités, le BRGM ou encre le CEA, il apparaît qu'un colossal effort de pédagogie, d'explication voire même de "prédication" est à réaliser.

Il faut l'esprit missionnaire !

Sinon on tombe vite dans les discours convenus sur l'indispensable nécessité de soutenir la recherche publique, le fait que cela va engendrer de l'innovation et du développement économique, l'intérêt pour les élus locaux de miser pour leur image sur "l'excellence scientifique régionale"... le discours standard du lobbying.

Il faut aller au contact. Dans notre cas le rôle du DRRT a été et est crucial. La qualité de la relation avec les présidents de centres (en l'espèce le rôle positif du délégué interrégional du CNRS et de la présidente des centres INRA) est aussi indispensable. Leur position n'est pas toujours aisée entre les directeurs d'unités et les policy makers : ils faut gagner leur confiance pour qu'ils provoquent le dialogue directement avec les directeurs d'unités car pour aller plus loin, il faut aller plus prêt ! Les "oui dire" et autres "téléphone arabe" qui suivent les réunions officielles de diagnostic territoriaux ou conférences de exécutifs aboutissent à ce que les acteurs opérationnels du monde de la recherche, qui devraient contribuer directement à l'élaboration des futures orientation, ont une vision totalement fausse de la spécialisation intelligente.

Après 4 expériences grandeur nature auprès de ces publics (où on m'avait prédit tomates, injures, dénigrement... voire immolation par le feu), force est de constater que le résultat est tout autre et que si l'on suit des règles essentielles de conduite du changement, un discours de vérité, le recours à des exemples concrets concernant le public qu'on a en face, ça marche et il n'y a pas rejet du concept de spécialisation intelligente.

A titre personnel, je suis preneur d'échanges avec ceux qui sont aller plaider directement devant ce genre de public pour avoir leur vision, ou tout du moins, savoir qui l'a déjà fait.

Amitiés à tous
Posted by Frederic Pinna on Friday 28 December 2012 at 17:07
Posté suite à une réunion en Limousin (11 janvier).
Les filières agriculture et bois/sylviculture sont très importantes en termes d'emploi et enjeux socio-économiques en Limousin. Ces secteurs devraient avoir une chance d'être présent dans la S3 : ils ont désespérément besoin de changements structurels (modernisation, diversification, transition)! Bien évidemment, des activités nouvelles, explorant de nouvelles opportunités technologiques et de marché pour déclencher ces transformations, ne sortiront pas spontanément de secteurs très morcelés et peu orientés vers l'innovation. Ces activités devront être construites progressivement et soigneusement par des mises en relation et des partenariats entre recherche appliquée et production pour résoudre des problèmes pertinents d'innovation. Celui qui a lu ce chapitre du blog depuis le début connait la solution en quatre lettres: INRA! (voir plus haut mon article ainsi que le commentaire de Frédéric Pinna). Mais l'INRA est absent du Limousin! Bizarre, bizarre!
D.Foray
Posted by Dominique Foray on Monday 14 January 2013 at 14:31