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deux leçons de ma visite en Rhône-Alpes

Deux leçons d’une visite en Rhône-Alpes

Je reviens de Lyon (ma ville !) pour une première réunion de contact avec Rhône-Alpes au sujet de leur S3 ; Rhône-Alpes qui se glorifie (à juste titre !) de ses trois pôles mondiaux, de ses multiples pôles nationaux et autres grappes d’entreprises ainsi que d’une infrastructure de recherche de premier rang où le CEA et le CNRS occupent une place de choix. Quel est le sens de la S3 dans le cas d’une région très avancée ; question qui est aussi pertinente pour d’autres régions visitées telles que Aquitaine et Alsace ? Alors que la raison d’être et la valeur d’une S3 bien conduite sont assez évidentes à démontrer dans le cas des régions moins avancées, l’exercice est plus délicat dans des contextes opposée – Rhône-Alpes, Baden Würtemberg ou Flandres.  Et il n’est pas du tout illégitime de se poser la question :  à quoi ça sert ? .

Rappelons l’essence de l’exercice . Celui-ci a en quelque sorte deux faces :

Il s’agit de contribuer au façonnement du système régional en concentrant des ressources, non pas sur des secteurs ou sur des entités individuelles mais sur des activités émergentes(au sein d’un secteur ou entre les secteurs), visant à  l’exploration d’un nouveau domaine potentiellement riche en innovations et générateur d’un changement structurel important pour l’économie régionale.

L’autre face concerne la procédure : puisqu’il s’agit de prioritisation verticale, le problème de l’identification des domaines où concentrer les ressources est très difficile et donc le design de la politique est crucial ; contrairement au problème d’identification posé dans le cadre d’une politique horizontale qui est plus facile.

Donc la S3 demande de concentrer des ressources, non pas sur de grandes thématiques ni sur une grande population d’innovateurs individuels mais sur un certain nombre de processus de découvertes et d’émergence  d’activités potentiellement riches en innovation et transformation structurelle. On veut par cela compléter le dispositif de la SRI qui traditionnellement aide à l’innovation dans une logique horizontale mais  pas nécessairement à la découverte entrepreneuriale dans une logique verticale. Or ce sont là les deux réponses irremplaçables d’une économie de la connaissance au problème d’emploi et de croissance :

  • l’innovation d’une firme (ou en partenariat) par laquelle cette firme grandit ;
  • la découverte entrepreneuriale entreprise par un groupe de firmes et de partenaires qui ouvre un nouveau domaine potentiellement riche en spillovers et changement structurel.

 Or, c’est le point clé, tandis qu’une région très avancée peut se targuer d’avoir tous les outils pour soutenir l’innovation au  niveau des entités individuelles, elle n’a pas nécessairement ceux qui permettraient la promotion des découvertes entrepreneuriales. C’est donc la raison d’être d’une S3 pour une région très avancée : concentrer des ressources sur un certain nombre de découvertes entrepreneuriales et offrir ainsi une capacité de rebond y compris aux secteurs les plus avancées de l’économie régionale et bien entendu aussi aux secteurs les moins avancés.

Pour situer la S3 dans tout ce que doit faire une région avancée en matière de politique d’innovation, il suffit de chercher la case vide dans ce tableau à double entrée qui croise : politique verticale versus horizontale ; innovation versus découverte entrepreneuriale.

 

Tableau 1

Innovation

Découverte entrepreneuriale

Politique horizontale

CIR, OSEO, SATT, incubateurs, propriété intellectuelle, universités , ARDI

Plate-formes et autres pour favoriser connection, interdisciplinarité, open innovation

Politique verticale

Aide à l’innovation dans des domaines prédéfinis (énergie, TIC, etc..)

 

 

On voit donc que le cœur de la démonstration – en quoi une S3 serait utile à ma « top region » ? – réside dans le concept de découverte entrepreneuriale, la différence entre celui-ci et l’innovation, ainsi que sur les capacités d’observation, détection et mesure de ces découvertes entrepreneuriales. Rappelons les principales différences entre innovation et découverte entrepreneuriale.

 

Concept

Innovation

Découverte entrepreneuriale

Définition

Idée transformée en produit (procédé) commercialisable

Idée transformée en activité nouvelle visant à explorer de nouvelles opportunités (technologie et marché)

Niveau d’appréhension

Firmes individuelles et partenaires

(niveau micro)

Activité développée par un collectif de firmes et partenaires (entre le micro et le secteur)

Stratégie d’appropriation

Brevet, secret, rente

Spillovers informationnels, entrées

Impact, outcome

Croissance de la firme

Changement structurel, innovations

indicateurs

Brevet, survey innovation

???

 

Ma région est forte en innovation ; nous avons tous les instruments et de bonnes performances ; mais sommes nous aussi forts en découverte entrepreneuriale ; ces processus d’exploration, d’expérimentation et de découverte qui ouvrent les nouvelles voies du changement structurel ?

 

La seconde leçon retirée de ce voyage à Lyon ainsi que des visites récentes en Aquitaine et en Alsace est que la case soi-disant vide du tableau 1 (où la S3 devrait prendre place) ne l’est en fait pas vraiment ! Comme Mr. Jourdain, les régions françaises ont fait de la S3 sans le savoir. Elles ont  su établir des priorités verticales au niveau d’activités émergentes à fort potentiel et impliquant un groupe d’acteurs, entreprises et recherche ; ceci à partir du travail de structuration des systèmes régionaux en pôles et clusters. Quelques exemples discutés au cours de la réunion étaient très clairs : il s’agissait bien de découvertes entrepreneuriales et d’activités émergentes identifiées et stimulées par la politique régionale. Dans le cas (vivement souhaité) où ce savoir relatif à la prioritisation verticale est établi et maîtrisé par l’administration publique,  don’t re-invent the wheel  ! Les mots étaient sans doute différents mais les processus qui avaient été mis en place, dans certains cas (pas toujours), correspondaient bien à l’essence de la S3.

Cependant :

  • Cette verticalité devient le mode privilégié d’administration du FEDER (ce n’était par exemple pas le cas en Rhône-Alpes où le FEDER était alloué de façon horizontale)
  • Les mots sont différents et cette différence a  quand même du sens : la notion de découverte entrepreneuriale est nouvelle et importante, on vient de le voir (pour confirmer la logique bottom up et consolider la distinction entre innovation et activité émergente) ; ainsi que les autres notions (activités nouvelles, idée de révision des priorités au cours du temps ; stratégie inclusive) ; toutes ces notions enrichissent la démarche, lui donne plus de cohérence et d’efficience, sans remettre en cause les approches précédentes (en tout cas certaines d’entre elles, comme bien illustré hier)
  • Enfin, un autre petit plus de la S3 par rapport à ce qui se faisait avant en matière de prioritisation verticale est que la S3 vise à transformer ce qui relevait un peu de la pêche miraculeuse en un effort systématique de détection et appui des découvertes entrepreneuriales.

Merci pour la galette des rois ; elle était exquise ! J’en profite aussi pour remercier Fredéric Pinna pour ses contributions, qui seront intensément discutées le 12 Février à Orléans et qui donneront lieu  ensuite à de nouveaux échanges sur le blog.

 

A bientôt

Dominique Foray

Posted by Dominique Foray on Tuesday 8 January 2013 at 14:42