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Grandes questions en Limousin

Grandes questions en Limousin

Des questions vraiment stimulantes en Limousin au cours d’une réunion intense et très chaleureuse, sous l’autorité du Président et du Préfet de Région.

Premièrement, comment ne pas être d’accord avec la remarque très pertinente selon laquelle le Limousin – vu sa taille et son rang (dans les classements européens) -  ne doit pas afficher plus que deux priorités et qu’il faut structurer autour des deux thématiques sélectionnées ? Ce fût la démarche des pôles de compétitivité dans cette région. Ce commentaire réagissait à mon propos sur une S3 inclusive qui devrait donner à chaque secteur une chance d’être présent dans celle-ci  (une chance d’être présent ne veut pas dire qu’ils le seront ; tout dépendra au bout du compte des efforts consentis à tous les niveaux (public et privé) pour que des activités innovantes et à fort potentiel émergent dans ces secteurs) ; commentaire qui réagissait aussi aux différentes suggestions mises sur la table en termes de futures priorités : aménagement numérique du territoire rural ; produits et services innovants au sujet des problèmes de l’âge et de la dépendance ; etc..

Deux, trois, quatre spécialisations intelligentes ou un peu plus ; là n’est pas la question (même si le nombre 2 me semble un peu court !). La vraie question est : qu’est-ce que l’on veut structurer ?  Dans des régions où la corrélation entre recherche et activités industrielles, agricoles et de service est faible, je crains que ce que l’on veuille surtout structurer ce sont les pôles de recherche, sans grand lien avec l’économie et donc sans grand lien avec l’innovation. Or ce dont on devrait surtout parler dans ce blog et dans les débats S3 c’est bien de l’émergence de systèmes d’innovation –activités nouvelles impliquant recherche ET industrie (ou services ou agriculture) – avec l’objectif que ces systèmes fondent les domaines de compétitivité de la région pour le futur.

A mon sens, la S3 est un instrument de développement économique PAR la recherche et l’innovation plutôt qu’un instrument visant ‘simplement’ à consolider les capacités de recherche.

Il y a deux conséquences en  matière de priorités : premièrement, identifier (mais aussi stimuler et construire quand cela ne va pas de soi) ces activités émergentes reliant entreprises et recherche et visant tel ou tel changement structurel par l’innovation (modernisation, diversification, transition) ; deuxièmement, il est aussi permis identifier certaines capacités de recherche en tant que telles mais dont le potentiel d’applications est suffisamment clair pour qu’on puisse espérer de façon réaliste que des activités industrielles en découleront bientôt et se déploieront dans la région (on peut appeler ce modèle de changement structurel : fondation radicale).

Deuxième grande question : est-ce qu’il n’y a pas un risque de paraître bien hétéroclite si la S3 affiche différentes spécialisations dans 5 ou 6 domaines très divers ? Je ne le pense pas. La S3 doit donner une image du dynamisme de la région ; ce dynamisme ne doit pas être prédéfini et réduit aux ‘ usual suspects’ (les lutins énervés !) mais étendu dans la mesure du possible aux secteurs et aux domaines (intersectoriels) où des activités innovantes et prometteuses peuvent apparaître. Dans cette perspective, la nature hétéroclite de la S3 est plutôt une bonne chose, à condition qu’elle ne pénalise pas l’objectif de produire des masses et clusters critiques pour chacune des activités choisies.

Troisième question très intéressante : l’aménagement numérique de l’espace rural pourrait-il être défini comme priorité ? C’est une question importante ; c’est pourquoi je prends la liberté de parler de ce cas concret (ce que j’évite habituellement de faire sur ce blog ou dans les présentations pour ne pas interférer avec les choix qui devront être faits par les régions). La S3 s’occupe de spécialisation en termes d’innovation. Son financement ne devrait donc pas être consacré à des équipements d’infrastructure et à des questions d’aménagement. Mais l’aménagement numérique de l’espace rural peut peut-être représenter une belle opportunité d’innovation et de marché. La question qui mérite donc d’être posée est de savoir dans quelle mesure l’aménagement numérique de l’espace rural est un thème d’innovation mobilisateur en Limousin, qui décrit une activité nouvelle rassemblant des entreprises, des services, des laboratoires et des communautés et orientée vers l’innovation technologique (développement d’applications), organisationnelle et sociale de telle sorte qu’en Limousin pourrait se former une masse critique de compétences et de connaissances sur ces questions, un savoir-faire collectif peut-être exportable ! Si la réponse à cette question est positive, alors il ne faudrait pas hésiter trop longtemps! Même type de réponse pour le thème des nouveaux produits, services et organisations au service de l’autonomie.

Merci pour la stimulation intellectuelle et à bientôt

D.Foray

(j’ai glissé un nouveau commentaire au chapitre INRA, suscité par mon voyage en Limousin)

Posted by Dominique Foray on Monday 14 January 2013 at 14:21