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La recherche publique dans la S3

La recherche publique dans la S3

 

Une tendance que j’avais mal perçue avant l’intensification de mes relations avec les Régions est que les milieux de la recherche académique et publique ont tendance à considérer les financements FEDER ciblant la R&D comme leur petite chasse gardée. Et il y a un risque réel de capture de la S3 par les lobbies académiques, très présents en région. C’est un risque car la nouvelle logique d’allocation du FEDER selon le principe de la S3 ne peut être réduite à un outil de renforcement des capacités de recherche publique existantes (pour financer les labo, les équipements, les équipes). La S3 est beaucoup plus largement un outil de développement économique PAR la recherche et l’innovation qui doit associer tous les acteurs dans des projets dont la recherche publique ne sera pas nécessairement le centre. Comme l’a dit très bien Katja Reppel à Groningen : « Research capacities/excellence is a mere enabler for commercial success of innovation but not enough to obtain it ».

Ceci signifie que, oui bien sûr, les milieux académiques recevront des fonds FEDER mais ceci uniquement dans le cadre de leurs contributions et de leurs associations aux processus de découvertes entrepreneuriales.

Et le fait de dire, comme je l’ai entendu, que le FEDER est capital pour le financement de la recherche publique car les autres moyens financiers (FP7, plans nationaux) sont trop compétitifs n’est évidemment pas un très bon argument !

Posted by Dominique Foray on Monday 28 January 2013 at 20:44
Comments
Voilà une clarification particulièrement bienvenue au moment où les échanges sur le contenu des programmes opérationnels démarrent ! Comme j'ai eu l'occasion de le dire déjà, l'initiative visant à aller au devant des Universités et des grands organismes de recherches est primordiale pour diminuer la pression qui s'exerce sur les élus et responsables en région :

- sur les élus locaux qui voient encore trop souvent la recherche publique comme un moyen simple de montrer qu'ils font quelque chose pour l'innovation et que la présence de tel ou tel organisme donne de la valeur à leur territoire,
- sur les Présidents d'Universités qui sont à la recherche de moyens extérieurs car ils ne peuvent plus augmenter leur asse salariale,
- sur les directeurs de centres des grands organismes de recherches dont les équipes relèvent en fait de "départements" coordonnés au niveau national et qui n'ont plus de lignes pour financer le clos et le couvert ("plus personne ne finance les bâtiments, alors comment allons nous faire ?"); pour eux le FEDER est essentiel aussi parce qu'il n'ont plus que cela pour palier le désengagement de leur propre maison mère
- sur les services de l'Etat qui sont sous pression des administrations centrales, peu désireuses de perdre la main... surtout au profit des collectivités territoriales...
- etc ...

Ta clarification, Dominique, tombe à point nommé et doit nous encourager à aller au contact. On peut juger excessive l'idée soutenant qu'il faut avoir actuellement un comportement de "missionnaire", mais j'ai tendance à penser qu'il faut aller au contact bien plus qu'on ne le fait. C'est un avis personnel, bien sûr, mais quand je parle d'aller au contact ce n'est pas par la simple organisation de grands messes ou de forums.

Pour cela il faut aussi pouvoir proposer des solutions alternatives à ces acteurs comme le fait d'aller sur Horizon 2020 qui est plus compétitif : Concrètement comment fait on pour aider les laboratoires publics à y aller avec moins de craintes et de réticences ?
Qu'est ce qu'un accompagnement plus professionnel des équipes pour candidater aux "calls" qui seront lancés ?

J'ai vu hier que la plateforme S3 lançait une initiative sur la contribution des "universités" à la S3 (voir annonce en fin de commentaire). Ca me parait plus qu'utile en France.

J'aimerais avoir aussi vos avis sur les spécificités du systèmes français car quand la Commission parle des "Universities", je ne suis pas convaincu que cela corresponde vraiment avec la réalité de nos universités ou plus globalement de monde de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Or la confusion des genres est souvent de mise dans nos politiques d'innovation !! Ces clarifications sémantiques ne sont pas des points de détail et en région Centre nous avons choisi de les rattacher à un des procipe de la spécialisation intelligente qui est : ne pas se mentir à soit même, et pour être crédible, être honnête.

Message S3P reçu le 30/01/2013
"The S3 Platform is pleased to announce the launch of a new theme on the role of universities in smart specialisation, in cooperation with the European University Association. This will include workshops and a stakeholder conference as well as research activities. A dedicated page will be available soon, but in the meantime interested S3 Platform members are invited to contact us for more information. We would be particularly interested in hearing from members who have had previous experience of successful collaboration with their local universities.

Please send any questions or ideas to John Edwards at john.edwards@ec.europa.eu
Posted by Frederic Pinna on Thursday 31 January 2013 at 9:59
Je suis entièrement d'accord et effectivement Katja Reppel était particulièrement intéressante à écouter.

Ceux qui n'auraient pas goûté les températures hivernales du nord de la Hollande en cette fin janvier, il est aujourd'hui possible trouver les présentations de l'atelier consacré aux indicateur de suivi et d'évaluation des prochains programmes sur le site de la plateforme.

Pour aider au cadrage de domaines potentiels de spécialisation, j'ai trouvé particulièrement utile la présentation de Roberta Campello sur les résultats du projet KIT ESPON. Pour ceux qui, comme moi, ne le connaissaient pas, il y a une source de données fort utiles au niveau régional qui permettent d'argumenter sur cinq types de stratégies génériques entre lesquels les régions peuvent choisir :
- basée sur la production scientifique
- application de résultats scientifiques
- zone d'application intelligente de technologies
- zone de diversification intelligente et créative
- zone d'imitation d'innovation

Il sera bon de renommer les dénominations retenues par les responsables du projet, bien sûr, mais il y a derrière des statistiques fort intéressantes qui n'ont pas l'inconvénient de regrouper les régions par grandes masses comme c'est le cas dans le regional innovation scoreboard (ma région est dans une seul groupe de régions entourant l'Ile de France).

Enfin ce séminaire permettait de pouvoir échanger sur les nouvelles orientations de la DG Regio en matière de suivi et d'évaluation qui font heureusement montre d'un réel pragmatisme (et paraissent S3 compatibles, ouf!). Il y a de quoi s'en réjouir. Les échanges avec Marielle Riché m'ont directement permis de réorienter le cabinet qui nous assiste actuellement pour la caractérisation des domaines potentiels de spécialisation, ce qui est fort appréciable compte tenu du calendrier qui est le nôtre.

Discussion à suivre mi février : quels indicateurs pour s'assurer que le processus de découverte entrepreneuriale ne s'arrête pas une fois les PO rédigés. Ca ne devrait pas être triste !
Posted by Frederic Pinna on Thursday 31 January 2013 at 11:45
Je préside le centre Inra de Bordeaux-Aquitaine et nous avons eu la chance de travailler une journée avec Dominique Foray sur la S3. J'ai aussi lu l'ensemble des contributions à ce blog.
Il y a aujourd'hui une réunion pour socialiser la S3 en Aquitaine. Il est donc plus que temps de se mettre au travail.
Voici quelques éléments de réflexions.

Dans le passé nous avons utilisé du FEDER pour financer des infra-structures, cela ne sera plus possible. Cela relève des politiques horizontales ; à nous de trouver les financements dont nous avons besoin.

Pour travailler sur les politiques verticales, un centre Inra, comme celui de Bordeaux-Aquitaine a plusieurs atouts.

1- Nous travaillons depuis plusieurs années avec plusieurs pôles de compétitivité en Aquitaine et en Midi-Pyrénées (Agrimip, Aerospace, Xylofutur, Cancer Bio Santé, ...). Ces pôles sont des lieux où la découverte entrepreneuriale fonctionne ; ce ne sont bien surs pas les seuls. La préparation des nouvelles feuilles de route a été l'occasion d'un travail avec les acteurs économiques et académiques.

2- Nous travaillons aussi en réseau avec les autres organismes de recherche, les universités et les écoles d'ingénieurs. L'Inra est par ailleurs un réseau national, lui même connecté à l'international.

3- Nous sommes donc bien placés pour contribuer à l'émergence de priorités verticales aux interfaces des filières, des pôles de compétitivité et des disciplines.

4- Nous sommes aussi bien placés pour contribuer à des alliances entre des projets verticaux de plusieurs régions françaises, ou étrangères (intérêt du Pays Basque ou de la Catalogne).

Nous avons aussi des points faibles par rapport à la S3.

1- Notre organisme a une stratégie scientifique nationale qui se traduit par une polarisation des centres. Nous avons fait le choix de développer une discipline ou un domaine sur un nombre limité de centres. Par exemple les recherches en Aquitaine s'organisent autour de la biologie végétale intégrative et de l'écologie et environnement. Si l'Aquitaine identifie pour un projet vertical sur l'élevage un besoin en compétence scientifique, nous ne les trouverons pas en région.

Je vous laisse identifier les autres ...

Pour finir, une question. L'Inra travaille en partenariat avec le monde agricole depuis plusieurs dizaines d'années. Ce géant endormi entretient un important réseau de stations expérimentales pour qui les fonds FEDER sont une nécessité absolue. Comment réveillez ce géant endormi ? Comment procéder pour les filières qui ne réussiront pas à construire un projet vertical ?
Posted by Hubert de Rochambeau on Wednesday 6 February 2013 at 11:11
Juste deux remarques sur le commentaire de Monsieur de Rochambeau :
1/ On ne peut que se réjouir du ton utilisé par un représentant éminent de la recherche publique sur la S3. Cela montre bien que les réactions parfois un peu dubitatives (du genre "comment osez vous mettre la recherche publique au même niveau que les entreprises pour définir les priorités") ou sous forme de supplique ("mais nous avons besoin du FEDER pour les investissements immobiliers ! comment allons nous faire sans ?") peuvent vite être dépassées si l'on prend soin d'instaurer un vrai dialogue. Nous avons, en région Centre, eu des échanges aussi très constructifs avec la Présidente du centre INRA, Mme Catherine Beaumont. Son initiative de pouvoir aussi discuter directement avec les directeurs d'unités montre tout l'intérêt de ne pas réserver l'explication de ce qu'est la S3 qu'à un cercle restreint. Ca facilite le processus d'appropriation et ça simplifie aussi le travail des responsables de centres.
2/ Enfin à l'attention de M. de Rochambeau : si d'aventure l'Aquitaine retenait parmi ses piste de domaines de spécialisation quelque chose sur l'élevage, et bien vous serez particulièrement bien placé pour indiquer au policy makers où se trouvent les compétences, et Dieu sait qu'il y en a sur l'élévage au sein de l'INRA.... notamment en région Centre où le contraire se produit ; il y a des compétences sur l'élévage mais les DPS pressentis ne couvrent pas ce secteur !
C'est un des 4 C qui que l'on trouve parmi les critères de la S3; la Coopération au delà des frontières administratives.
Posted by Frederic Pinna on Saturday 9 February 2013 at 18:19