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"Early feedback"

Une réunion de la plate forme S3 aura lieu le 18 février à Bruxelles. Elle est consacrée à l'échange d'expériences entre experts de la Commission qui interagissent avec les régions pour les assister dans l'élaboration de leur S3 (ce que je fais pour certaines régions françaises). Ne pouvant me rendre à cette réunion, j'ai promis d'envoyer mes premières impressions, issues de mon travail avec les régions Aquitaine, Alsace, Limousin, Rhöne-Alpes et Centre. Vous trouverez ce document attaché à cet article. Je serais très intéressé par vos réactions (mêmes épidermiques). Ce document est en anglais. I am very sorry!!

Dominique Foray

Posted by Dominique Foray on Tuesday 12 February 2013 at 10:42
Comments
Jolie synthèse !

1/ Au delà de ce que tu écris fort justement sur la nécessité de voir la S3 comme un process, je pense qu'il est d'autant plus important d'insister sur ce point que pour beaucoup de gestionnaires publics l'exercice stratégique s'arrêtera une fois les projets de PO rédigés ou acceptés.

Et ce sera parti pour 7 ans de routine administrative.

De la même manière qu'il est plus facile d'obtenir un financement pour un bâtiment qui s'inaugure, il est beaucoup plus simple de financer un équipement à un laboratoire universitaire que d'intervenir sur des projets d'entreprises dont l'issue est incertaine : la boite peut couler, le marché peut se retourner, il peut y avoir échec technique, on peut se faire critiquer d'aider des entreprises qui n'embauchent pas, il faut trouver le moyen de ne pas être dans l'illégalité au regard de la réglementation sur les aides d'état, il faut veiller à ne pas trop peser sur la trésorerie de la PME, etc...
Le financement d'un laboratoire public, lui, ne pose aucun de ces problèmes : aider la recherche c'est noble, en cas d'échec technique il n'y a pas de conséquence commerciale, il n'y avait pas d'objectif de recrutement ou de chiffre d'affaires, les organismes de recherche peuvent légalement être financés à 100 %, et la trésorerie n'est pas un problème au niveau de l'établissement,...

Donc oui (trois fois oui) au processus de découverte entrepreneuriale mais que les experts soulignent bien à la Commission qu'il ne faut pas que les discours sur la simplification administrative soient des paroles "verbales".

Décourager les entreprises d'avoir recours aux fonds européens peut être très facile et même décourager les collectivités locales d'en assurer la gestion.

2/ En complément de ce point sur la dynamique que représente la S3, est il possible de proposer une utilisation rationnelle de l'évaluation et notamment d'éviter une multiplicité d'indicateurs (de contexte, de résultats, d'impact). Donc selon quels critères ou indicateurs, pourra t on juger qu'un domaine de spécialisation mériterait d'être sorti de la RIS3 ?

3/ un point de fort désaccord, pour une fois : focus is not firms but socio-economic impacts. Mais j'ai peut être mal compris.
Je crois l'avoir déjà écrit, mais si on explique à des chercheurs publics (en France, c'est sûr, et probable dans d'autres pays) qu'ils ne sont pas plus considérés que le monde économique, il est logique qu'ils manifestent des signes d'agressivité. Si l'enjeu est la capacité à s'engager sur une probabilité réaliste d'impact socio-économique pour le territoire, il n'y a pas de sentiment de "répudiation".
Quand à l'objectif thématique 3 "compétitivité des PME", il n'y a pas besoin de dire qu'il est conditionné à la S3.... il l'est par nature !

4/ La gestion du temps : non seulement par le fait que les domaines de spécialisation ne vont pas suivre des évolutions similaires au cours de la période de programmation mais aussi parce que la période 2014-2020 est une première étape dans la mise en oeuvre du concept.

Lors d'une réunion organisée par Christian Saublens, d'Eurada en mars 2011, il s'est amusé (comme souvent) à demander à des suédois ce qu'ils pensaient des notions sous-tendant la S2 que tu venais d'exposer. Réponse : "bah ! c'est déjà comme ça qu'on procède depuis longtemps chez nous... c'est culturel". Ca ne l'est pas encore chez nous en France, alors en tant qu'expert, il sera bon de le rappeler à l'unité France, même si ils le savent probablement.

Voilà après une première lecture.
Posted by Frederic Pinna on Tuesday 12 February 2013 at 23:49
Oups, j'ai oublié un point : dommage qu'il n'y ait pas de feed back sur l'articulation entre le niveau régional et le niveau national, surtout pour un pays comme le nôtre.
Posted by Frederic Pinna on Tuesday 12 February 2013 at 23:51
Joli commentaire en effet.
En Aquitaine nous avons eu une réunion de lancement le 6 février avec un exposé très apprécié de Dominique Foray. Les acteurs économiques et académiques sont maintenant invités à répondre à un questionnaire pour le 28 février. Comme je n'ai pas pu assister à la réunion, je ne sais ce qui est prévu autour de ce questionnaire. Je suis malgré tout inquiet. Les différentes interventions de Dominique Foray insiste sur l'importance de la découverte entrepreneuriale et sur tous les pièges à éviter. Trouver le bon niveau, rassembler les partenaires, mettre en place les collaborations, répondre aux 7C, ... Tout cela est complexe et un questionnaire ne suffira pas.
Depuis la création du pôle de compétitivité Agrimip Sud-Ouest Innovation, nous avons mis en place des mécanismes de découverte entrepreneuriale, avec notamment les clubs de l'innovation. Nous terminons un tel exercice dans le cadre de la préparation de le feuille de route. Je sais donc qu'il faut de temps, notamment pour que le géant endormi s'éveille.
Pour la S3, il faut travailler à un niveau différent, a priori un peut au dessus des projets du Fond Unique Interministériel. Il faut aussi ne pas rester entre acteurs d'Agrimip, mais s'ouvrir sur d'autres pôles (Aérospace Vallée bien sur), sur des clusters (Innovin, ...) et sur des acteurs "indépendants".
Il est clair qu'il nous faut du temps.

Par contre, les différents documents sur la S3 présente très clairement les objectifs. Par contre ils sont beaucoup moins précis sur le comment de la découverte entrepreneuriale. Qui peut m'éclairer sur ce point ?
Posted by Hubert de Rochambeau on Wednesday 13 February 2013 at 8:13
Bonjour et merci pour ce travail.

Je partage assez les commentaires de Frédéric et de Hubert.

Ce qu'on appelle S3 a longtemps été très flou: technos clés ou pas, marché/produit ou pas, grandes filières ou domaines d'activités stratégiques... Bref, on a beaucoup tâtonné.

Comme vous le dites dans votre note "in english, but clear!", la S3 ne doit pas se résumer à des grands axes mais elle doit prendre en compte le processus de découverte entrepreneuriale et impliquer les acteurs de terrain, puis in finie s'appuyer sur des projets précis ou les faire émerger.

Oui mais... Cela ne s'invente pas en quelques mois en faisant une étude. Ce processus se construit avec les acteurs dans le temps, est mouvant, vivant et dynamique.
Comme le dit Hubert, ce processus existe sur les territoires au travers de structures créées pour ça et soutenues dans cet objectif par les pouvoirs publics.

Je préfère largement la dernière partie de la note dans laquelle vous précisez (je cite) "... every sector should have a chance to be present in S3 with a strong ed project". J'irais même plus loin. Il faut mixer des axes de potentiels très précis sur lesquels ont veut mettre des moyens pour structurer un secteur, le rendre attractif et productif économiquement, avec des axes raisonnablement plus larges sur lesquels le territoire à des atouts et à l'intérieur desquels on va stimuler en continu ce processus de découverte.

Nous avons organisé notre gouvernance à deux étages: un niveau stratégique assez institutionnel, réunissant sous le copilotage de l'Etat et de la Région 17 structures de recherche et d'innovation, en y associant un comité consultatif d'entreprises, et un niveau opérationnel organisé en commissions thématiques chargées de faire émerger des projets. C'est là que se situe ce processus, il faut bien comprendre qu'au quotidien, sur le terrain, c'est long et difficile.
La S3 doit donner un cap, adaptable, révisable, mais ne pas se figer dès le départ sur des "ed projects" trop précis que nous aurions sélectionnés à la hâte juste pour rentrer dans une case (même si, bien sûr, en connaissant notre territoire, on a des déjà identifié des projets).

Enfin, et cela n'est pas abordé, ce qui va être déterminant dans nos choix finaux, c'est à la fois le montant de l'enveloppe qui nous sera allouée, et le % dédié à la S3.

Il faut bien comprendre que plus le % sera élevé, plus les territoires vont être réticents à focaliser. En tout cas, c'est une question qu'on doit poser et qui est très importante dans une région disposant d'universités, d'écoles d'ingénieurs, de labos de recherche, des pôles, clusters, entreprises etc... et dont le territoire est très vaste (plus vaste français en km2 pour Midi-Pyrénées).

Enfin, j'ajoute que tout ce que je lis est très élitiste et technologique, mais qu'une bonne partie du potentiel se situe dans des PME de faible intensité technologique... Don't forget her :-)

Cette contribution a bien sûr pour but de débattre et de comprendre le processus global afin de répondre au mieux à l'exercice au final. Merci M. Foray pour ces échanges éclairants, mais la route est encore longue.

Cordialement.
Posted by Pierre Benaim on Wednesday 20 February 2013 at 16:55
Bonjour, puisque l'on est dans la littérature anglaise, restons y avec Shakespeare et sa pièce "much ado about nothing" (beaucoup de bruit pour rien).

Si Pierre a raison en disant qu'on avait beaucoup tâtonné, j'estime pour ma part qu'on s'est posé bien des questions qui n'avaient pas lieu d'être et qui ont retardé l'action.

C'est quoi les priorités ? Peut on dire que le meilleur mot est "activité" ? cela peut il être un cluster ou pas ? cela peut il être une techno ou pas ? etc, etc...

Comme l'a indiqué Mikel Landabaso de la DG regio lors de la réunion des experts les 18 et 19 février, ça peut être tout cela à condition de produire de l'impact économique et social.

Avoir des politiques publiques qui sont orientées "résultat", ça c'est un vrai progrès, une vraie innovation oserais je dire !

Dans le même ordre d'idée, le processus de découverte entrepreneuriale qui permet la transformation du tissus économique régionale n'est pas une finalité mais un moyen. Il n'y a donc pas de crainte à avoir une fois de plus vis à vis de "ed projects" qui seraient figés.

La notion même de S2 permet d'agir, offre de la souplesse... mais c'est au responsables régionaux qu'il appartient de trouver un certain courage pour arbitrer. Il n'y a pas besoin d'en avoir des tonnes puisqu'il suffit de demander à ceux qui souhaitent "émarger" aux fonds européens de démontrer que leur initiative, projet, programme... va générer de l'impact économique et social mesurable dans des indicateurs de résultats (pas vraiment d'élitissme dans tout cela). Les éléments présentés à Groningen par Marielle Riché sont d'ailleurs particulièrement intéressants,opérationnels et très utiles ne serait ce que pour compléter un des 5 points requis pour la conditionnalité ex-ante.

En droit, on dit : inverser la charge de la preuve.

Un autre maxime juridique qui m'est chère, également : différence de nature = différence de régime. Autrement dit ce qui n'est pas de nature à produire de l'impact ne peut passer les critères requis pour être S3 compatible, et donc ne devrait pas se retrouver dans la RIS3.

Cela ne signifie aucunement, dans mon analyse, que cela n'est pas digne d'intérêt, pas du tout, mais que cela doit être financé par d'autres sources que les fonds structurels puisque "RIS3 ≠ PO".

Un dernier point rapide : je ne suis pas sûr de bien comprendre pourquoi il y aurait plus de réticences à focaliser si le % dédié à la S3 était plus important.

Bonne journée
Posted by Frederic Pinna on Saturday 23 February 2013 at 16:12
A l'occasion de la réunion citée en référence par Dominique Foray dans cet article, une dame particulièrement pertinente a soulevé une double question :

- comment peut on envisager de s'attaquer à la S3 sous l'angle de la conduite du changement alors que celle-ci prend des années voire des décennies ?

- Quand on parle d'entrepreneurs mobilisés dans le cadre du processus de découverte entrepreneuriale, ils convient qu'ils soient légitimes : quels sont les critères possibles pour caractériser cette "légitimité" ? Cette notion de légitimité fut également soulignée par Claus Schultze, de la DG Regio, lors de notre passage en peer review de la plate-forme S3 en septembre dernier.

Si certains des lecteurs du blog de Dominique Foray ont des éléments de réponses sur ces deux sujets, je pense que leurs contributions seront utiles à beaucoup de monde vues les réactions des experts qui étaient présents.
Posted by Frederic Pinna on Monday 25 February 2013 at 2:03
A la lumière de l'expérience acquise dans le cadre du pôle de compétitivité Agrimip Sud Ouest Innovation, je voudrai apporter un commentaire sur la conduite du changement. Dans un secteur comme l'agro-alimentaire, pris au sens très large, le terrain avait été "labouré" pendant 5 ans avant la création du pôle par des acteurs de la Région et de l'Etat. Nous avons pu profiter de cet effort et le pôle a démarré plus vite que dans nos rêves. Ce n'était pas un feu de paille et la dynamique se poursuit. Depuis le début de 2012, nous travaillons en Aquitaine. Cela va moins vite qu'en Midi-Pyrénées mais cela avance. La période de temps nécessaire au changement se compte donc en années et pas en décennies.

Au sujet de la légitimité des acteurs, nous avons été confronté à cette question dans le cadre du comité de labellisation. Un consortium d'entreprises et de laboratoires présente un projet de R&D et détaille l'impact économique prévisible. Quels critères utiliser pour évaluer la légitimité des acteurs économiques et académiques à développer ce projet ?
Si nous sommes trop rigoureux, nous ne ferons que défendre les positions acquises et il n'y aura pas de rupture.
Si nous sommes trop laxistes, nous allons utiliser des financements publics pour des projets qui ne se traduiront pas par du développement économique ...
Posted by Hubert de Rochambeau on Friday 8 March 2013 at 9:14