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article de Jan Larosse sur les méta-priorités

Merci Dominique d'avoir ouvert cette discussion sur la relation entre les processus bottom-up entrepreneuriales (base des stratégies de spécialisation) et les processus top-down politiques (base des priorités nationales et européens).  

Nous vivons bien une période chaotique (comme tu l’observes), aussi bien au niveau des formulations de ces stratégies de spécialisations qu’au niveau des priorités nationales-européens. Les processus de ‘découverte entrepreneuriale’ se doublent des processus de ‘découvertes politique’ dans une période de grande incertitude. Dans un contexte d’incertitude extrême se produisent des mécanismes sociaux peu souhaitables, comme le comportement grégaire qui engendre la violence des bulles spéculatifs (‘the next big thing’) ou de la recherche du bouc émissaire (‘the forces of evil’). Dans une environnement avec peu de structure le plus ‘rationnel’ et de suivre la meute.   C’est pourquoi on observe souvent dans les politiques d’innovation - qui ont à faire avec  des incertitudes systématiques - des comportements de duplication. La constatation de la fragmentation des politiques de recherches et innovation à cause de ces comportements était l’origine des travaux du groupe d’expert à la DG Recherche ‘Knowledge for Growth’ dont tu étais un des inspirateurs majeurs, et d’où sortait  le ‘smart specialisation’. Parce que cette spécialisation intelligente est le comportement de différentiation souhaitable du point de vue du système tout-entière !

Mais comment stimuler ce comportement vraiment innovateur, celui de la recherche des opportunités différentiateurs? On sait que l’innovation ne se produit pas en isolement mais en réseau, pour des raisons aussi-bien de maîtrise de la complexité technologique que des limitations cognitifs des individus pour confronter un futur hasardeux. Les marchés nouveaux sont le produit d’un processus de co-création, où les entrepreneurs et aussi les gouvernements jouent leurs rôles respectifs.

C’est là le problème-clé pour les entrepreneurs, aussi-bien que pour les politiciens qui veulent stimuler une nouvelle perspective de croissance : comment converger les stratégies et les co-investissments de tous ces acteurs pour maximaliser les chances d’occurrence de ces nouveaux marchés ?  

D’abord, il y a le processus de découverte entrepreneurial, qui est une processus de recherche des opportunités nouveaux, contextualisé par des territoires avec leur histoire et leur potentiel, et toujours co-produits par les acteurs complémentaires nécessaires pour capitaliser sur ces dynamique des cluster locaux. Donc : le processus de création d’en bas, informé par les co-décisions des partenaires. L’interaction stratégique c’est au cœur du processus de découverte entrepreneuriale, c’est pourquoi les politiques de cluster sont si importants.  On plus on peut aussi espérer que les positionnements différentiateurs des clusters régionaux dans les chaînes de valeurs internationales va engendrer une ‘coordination implicite’ au niveau systèmique. Cela pourrait se produire d’une façon décentralisée, par les alignements réciproques compétitifs-cooperatifs sur bases des avantages comparatifs des régions et des clusters.

Mais ce processus reste sans direction sans un cadre assez stable des anticipations collectifs sur les mega-tendances sociétales. C’est là où les gouvernement ‘intelligents’ peuvent faire la différence, du façon top-down. En sachant qu’ils ne peuvent pas décréter les marchés futurs, mais qu’ils ont bien une responsabilité pour orienter la solutions des grands défis sociétaux vers des pistes – challenges ou missions (souvent inspirés par les lobbies ‘d’en bas’) - ou des entrepreneurs vont faire surgir des nouveaux combinaisons. 

C’est ce double processus de découverte d’en bas et d’en haut dont on est témoin aujourd’hui. Les deux doivent prendre des formes nouveaux. C’est l’accouchement d’un nouveau modèle de croissance ou la connaissance (du prospective) n’est pas seulement dans les produits mais aussi dans les stratégies de découvertes des opportunités innovateurs. Mais on en est encore au début.

Concrètement : comment utiliser les roadmaps européens (ou nationaux) imparfaits pour informer les stratégies régionaux imparfaits, et vice versa? Clairement avec beaucoup de réserve, mais en acceptant leurs rôles d’attracteurs mutuelles pour des nouveaux futurs possibles. Souvent les roadmaps européens des platforms stratégiques offrent aux régions peu douées de capacités stratégiques des repères importantes.

C’est dans cette esprit que la Flandre entend propulser les stratégies de spécialisations au cœur de la stratégie de croissance européen, mais accepte aussi les roadmaps européens comme guide dans l’élaboration de ces stratégies. Parce qu’ainsi peut émerger une gouvernance multi-level cohérente.

Peut-être un peu trop philosophique de votre goût ? Oui, il s’agit d’opérationnaliser cette gouvernance avec de activités pratiques, par exemple activités de roadmapping. On est bien intéressé d’échanger d’expérience avec vous, français ‘intelligents’ ;-) !

 

Jan Larosse  (région Flandres)

Posted by Dominique Foray on Thursday 25 April 2013 at 14:26