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Blog Dominique Foray

La S3, les pôles, la politique de la concurrence

La S3, les pôles, la politique de la concurrence

 

Merci Frédéric pour tes remarques très pertinentes sur la relation politique d’innovation-droit de la concurrence. Elles tombent à pic ! Et d’une certaine façon une S3 bien comprise et bien appliquée évite le problème puisque - comme déjà dit – les priorités sont constituées par des activités nouvelles. Au bout de quelques années (disons 5) ; ces activités ont peut-être réussi  ou ont peut-être échoué ; en tout cas elles ne sont plus nouvelles ! Ayant perdu cette qualification, elles doivent sortir de la S3 pour permettre l’entrée de (vraies) nouvelles activités ; et ainsi de suite. C’est un principe essentiel que les théoriciens de ce que l’on appelle  la nouvelle politique industrielle  (famille à laquelle j’aime bien rattacher le concept de S3) ne manquent jamais de rappeler. (Je pense aux travaux de P.Aghion ou évidemment à ceux de A.Rodrik). En appliquant rigoureusement ce principe ; ce que veut faire par exemple la région Aquitaine, on harmonise politique d’innovation et politique de concurrence ; ce qui effectivement n’est pas forcément vrai dans le cas de pôles soutenus durant de très longues périodes par des financements publics.

Il y a évidemment une tension - qui avait été bien relevée en Alsace -  entre la nécessaire continuité des financements et ce principe de renouvellement (entrée et sortie). Mais cette tension est à mon avis assez facilement surmontable en prenant les bonnes échelles de temps (il faut répondre à la question : quand est-ce qu’une activité prioritisée ne sera plus considérée comme nouvelle ?) ainsi qu’en mobilisant d’autres instruments – plus competition friendly (plus horizontaux en fait) - pour le financement des activités arrivées à maturité

Je suis preneur de l’issue paper de la DG competition – où le trouver ? Merci d’avance !

Posted by Dominique Foray at 17:08
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Encore sur la recherche publique

Encore sur la recherche publique

En réaction aux commentaires excellents de Frédéric Pinna et Hubert de Rochambeau, je relance le thème de la recherche publique en soulignant que la S3, me semble-t’il, concerne fondamentalement la fameuse troisième mission des universités et des autres institutions publiques ; celle qui a trait au dialogue, aux interactions et aux collaborations avec le monde de l’industrie et des services (au sens large). A long terme bien sûr, toutes les missions sont pertinentes car la dynamique de la S3 se nourrit de nouvelles connaissances (première mission) et de l’offre adéquate des personnes qualifiées dans les nouveaux domaines (deuxième mission). Mais à l’horizon de 5-7 ans, ce qui est primordial pour la S3 est moins la recherche fondamentale dont les éventuelles retombées n’apparaîtront pas avant de très nombreuses années que les programmes et les laboratoires fortement orientés vers des applications et qui constituent à ce titre les partenaires incontournables des processus de découverte entrepreneuriale ; ceux qui doivent se dérouler maintenant.

Je redis aussi, à la suite du commentaire posté par Hubert de Rochambeau (Président du Centre Inra Bordeaux-Aquitaine) que des institutions comme l’INRA me semblent avoir une responsabilité particulière dans la mise en oeuvre des S3 régionales. Qui, face au géant (très) endormi , peut avoir une vision stratégique sur ce qui devrait être fait pour passer à l’agriculture du futur et donc être l’architecte et l’initiateur des projets de découverte entrepreneuriale qui permettraient d’accélérer les transformations souhaitées ? La réponse est dans la question ! Il faut aussi espérer que la compréhension par la Direction de l’INRA de ses responsabilités en la matière permettra de surmonter les obstacles et les écueils bien mentionnés dans le commentaire, notamment ceux qui tiennent à une organisation centralisée de la distribution des compétences et des domaines ; ce qui peut provoquer un déficit de réponse de l’INRA face à des problématiques posées dans telle ou telle région.

Le système des grands organismes de recherche « à la française » (de l’INRA au CEA) est certainement une richesse, à condition que ces organismes apprennent à construire les bons équilibres entre les missions stratégiques d’intérêt national  et celles qui consistent à être au service de l’émergence des systèmes d’innovation locaux (la S3) ; deux missions qui ne sont pas forcément en cohérence, comme on le sait bien ! Faire les bons arbitrages pour concilier une stratégie nationale avec la capacité à répondre aux opportunités locales exige un mode d’organisation très…..smart !

Dominique Foray

Posted by Dominique Foray at 8:04
How to fail?

How to fail ?

Une très bonne suggestion en Aquitaine est de se demander ce qui pourrait faire échouer la S3 ; en tout cas son acceptation par les services de la Commission ; quels  sont les mauvais plans ; how to fail ?

On échouera si :

  • On l’écrit avant ! L’écrire avant signifie que la vision et la connaissance a priori que l’on a du système (connaissances très grandes dans le cas des régions françaises grâce aux politiques publiques récentes) semblent suffire pour écrire la S3 future. L’écrire avant peut se décliner de différentes façons :
  • On se contente de présenter des grands thèmes qui, certes, reflètent effectivement les points forts  et ont l’immense avantage de pouvoir intégrer beaucoup de choses et de régler ainsi pas mal de problèmes politiques. Mais ces thèmes ne reflètent pas la dimension de découverte entrepreneuriale, le degré réel d’implication des entreprises ou la relative proximité au marché.  « Voilà ma S3 : biotech et environnement ; santé et  dépendance ; matériaux avancés et optiques » ; cela ne marchera pas ! Ce qui est décrit ainsi, c’est le point de départ (d’ailleurs incomplet) de l’exercice.
  • On se contente de présenter les points forts de la recherche publique. Or la S3 ne peut être réduite à un outil de renforcement des capacités de recherche publique existantes (pour financer les labo, les équipements, les équipes). La S3 est beaucoup plus largement un outil de développement économique PAR la recherche et l’innovation qui doit associer tous les acteurs dans des projets dont la recherche publique ne sera pas nécessairement le centre.
  • On se contente de recycler les programmes des pôles et des clusters. On peut, certes, espérer quede ces pôles et de ces clusters émergeront des projets forts de découvertes entrepreneuriales associant recherche et entreprises pour explorer un domaine nouveau potentiellement riche en innovation et en croissance ; mais il n’y a pas d’automaticité ; tout dépendra de la vigueur et de la qualité de ces processus de découvertes entrepreneuriales.

On voit qu’une raison essentielle de l’échec  sera dans le fait de présenter l’existant – notamment les points forts de type thématiques, clusters, recherche publique -  sans prêter attention à l’importance de la découverte entrepreneuriale.

Pour ne pas échouer, il faut donc aller au moins un cran au-delà des processus de structuration déjà effectués (en termes de pôles et de clusters), pour identifier ce qui au sein de ces structures peut faire ‘bouger’ le système grâce aux projets de découverte entrepreneuriale qui sont en gestation et qui doivent être stimulés. 

Posted by Dominique Foray at 20:47
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La recherche publique dans la S3

La recherche publique dans la S3

 

Une tendance que j’avais mal perçue avant l’intensification de mes relations avec les Régions est que les milieux de la recherche académique et publique ont tendance à considérer les financements FEDER ciblant la R&D comme leur petite chasse gardée. Et il y a un risque réel de capture de la S3 par les lobbies académiques, très présents en région. C’est un risque car la nouvelle logique d’allocation du FEDER selon le principe de la S3 ne peut être réduite à un outil de renforcement des capacités de recherche publique existantes (pour financer les labo, les équipements, les équipes). La S3 est beaucoup plus largement un outil de développement économique PAR la recherche et l’innovation qui doit associer tous les acteurs dans des projets dont la recherche publique ne sera pas nécessairement le centre. Comme l’a dit très bien Katja Reppel à Groningen : « Research capacities/excellence is a mere enabler for commercial success of innovation but not enough to obtain it ».

Ceci signifie que, oui bien sûr, les milieux académiques recevront des fonds FEDER mais ceci uniquement dans le cadre de leurs contributions et de leurs associations aux processus de découvertes entrepreneuriales.

Et le fait de dire, comme je l’ai entendu, que le FEDER est capital pour le financement de la recherche publique car les autres moyens financiers (FP7, plans nationaux) sont trop compétitifs n’est évidemment pas un très bon argument !

Posted by Dominique Foray at 20:44
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Grandes questions en Limousin

Grandes questions en Limousin

Des questions vraiment stimulantes en Limousin au cours d’une réunion intense et très chaleureuse, sous l’autorité du Président et du Préfet de Région.

Premièrement, comment ne pas être d’accord avec la remarque très pertinente selon laquelle le Limousin – vu sa taille et son rang (dans les classements européens) -  ne doit pas afficher plus que deux priorités et qu’il faut structurer autour des deux thématiques sélectionnées ? Ce fût la démarche des pôles de compétitivité dans cette région. Ce commentaire réagissait à mon propos sur une S3 inclusive qui devrait donner à chaque secteur une chance d’être présent dans celle-ci  (une chance d’être présent ne veut pas dire qu’ils le seront ; tout dépendra au bout du compte des efforts consentis à tous les niveaux (public et privé) pour que des activités innovantes et à fort potentiel émergent dans ces secteurs) ; commentaire qui réagissait aussi aux différentes suggestions mises sur la table en termes de futures priorités : aménagement numérique du territoire rural ; produits et services innovants au sujet des problèmes de l’âge et de la dépendance ; etc..

Deux, trois, quatre spécialisations intelligentes ou un peu plus ; là n’est pas la question (même si le nombre 2 me semble un peu court !). La vraie question est : qu’est-ce que l’on veut structurer ?  Dans des régions où la corrélation entre recherche et activités industrielles, agricoles et de service est faible, je crains que ce que l’on veuille surtout structurer ce sont les pôles de recherche, sans grand lien avec l’économie et donc sans grand lien avec l’innovation. Or ce dont on devrait surtout parler dans ce blog et dans les débats S3 c’est bien de l’émergence de systèmes d’innovation –activités nouvelles impliquant recherche ET industrie (ou services ou agriculture) – avec l’objectif que ces systèmes fondent les domaines de compétitivité de la région pour le futur.

A mon sens, la S3 est un instrument de développement économique PAR la recherche et l’innovation plutôt qu’un instrument visant ‘simplement’ à consolider les capacités de recherche.

Il y a deux conséquences en  matière de priorités : premièrement, identifier (mais aussi stimuler et construire quand cela ne va pas de soi) ces activités émergentes reliant entreprises et recherche et visant tel ou tel changement structurel par l’innovation (modernisation, diversification, transition) ; deuxièmement, il est aussi permis identifier certaines capacités de recherche en tant que telles mais dont le potentiel d’applications est suffisamment clair pour qu’on puisse espérer de façon réaliste que des activités industrielles en découleront bientôt et se déploieront dans la région (on peut appeler ce modèle de changement structurel : fondation radicale).

Deuxième grande question : est-ce qu’il n’y a pas un risque de paraître bien hétéroclite si la S3 affiche différentes spécialisations dans 5 ou 6 domaines très divers ? Je ne le pense pas. La S3 doit donner une image du dynamisme de la région ; ce dynamisme ne doit pas être prédéfini et réduit aux ‘ usual suspects’ (les lutins énervés !) mais étendu dans la mesure du possible aux secteurs et aux domaines (intersectoriels) où des activités innovantes et prometteuses peuvent apparaître. Dans cette perspective, la nature hétéroclite de la S3 est plutôt une bonne chose, à condition qu’elle ne pénalise pas l’objectif de produire des masses et clusters critiques pour chacune des activités choisies.

Troisième question très intéressante : l’aménagement numérique de l’espace rural pourrait-il être défini comme priorité ? C’est une question importante ; c’est pourquoi je prends la liberté de parler de ce cas concret (ce que j’évite habituellement de faire sur ce blog ou dans les présentations pour ne pas interférer avec les choix qui devront être faits par les régions). La S3 s’occupe de spécialisation en termes d’innovation. Son financement ne devrait donc pas être consacré à des équipements d’infrastructure et à des questions d’aménagement. Mais l’aménagement numérique de l’espace rural peut peut-être représenter une belle opportunité d’innovation et de marché. La question qui mérite donc d’être posée est de savoir dans quelle mesure l’aménagement numérique de l’espace rural est un thème d’innovation mobilisateur en Limousin, qui décrit une activité nouvelle rassemblant des entreprises, des services, des laboratoires et des communautés et orientée vers l’innovation technologique (développement d’applications), organisationnelle et sociale de telle sorte qu’en Limousin pourrait se former une masse critique de compétences et de connaissances sur ces questions, un savoir-faire collectif peut-être exportable ! Si la réponse à cette question est positive, alors il ne faudrait pas hésiter trop longtemps! Même type de réponse pour le thème des nouveaux produits, services et organisations au service de l’autonomie.

Merci pour la stimulation intellectuelle et à bientôt

D.Foray

(j’ai glissé un nouveau commentaire au chapitre INRA, suscité par mon voyage en Limousin)

Posted by Dominique Foray at 14:21
deux leçons de ma visite en Rhône-Alpes

Deux leçons d’une visite en Rhône-Alpes

Je reviens de Lyon (ma ville !) pour une première réunion de contact avec Rhône-Alpes au sujet de leur S3 ; Rhône-Alpes qui se glorifie (à juste titre !) de ses trois pôles mondiaux, de ses multiples pôles nationaux et autres grappes d’entreprises ainsi que d’une infrastructure de recherche de premier rang où le CEA et le CNRS occupent une place de choix. Quel est le sens de la S3 dans le cas d’une région très avancée ; question qui est aussi pertinente pour d’autres régions visitées telles que Aquitaine et Alsace ? Alors que la raison d’être et la valeur d’une S3 bien conduite sont assez évidentes à démontrer dans le cas des régions moins avancées, l’exercice est plus délicat dans des contextes opposée – Rhône-Alpes, Baden Würtemberg ou Flandres.  Et il n’est pas du tout illégitime de se poser la question :  à quoi ça sert ? .

Rappelons l’essence de l’exercice . Celui-ci a en quelque sorte deux faces :

Il s’agit de contribuer au façonnement du système régional en concentrant des ressources, non pas sur des secteurs ou sur des entités individuelles mais sur des activités émergentes(au sein d’un secteur ou entre les secteurs), visant à  l’exploration d’un nouveau domaine potentiellement riche en innovations et générateur d’un changement structurel important pour l’économie régionale.

L’autre face concerne la procédure : puisqu’il s’agit de prioritisation verticale, le problème de l’identification des domaines où concentrer les ressources est très difficile et donc le design de la politique est crucial ; contrairement au problème d’identification posé dans le cadre d’une politique horizontale qui est plus facile.

Donc la S3 demande de concentrer des ressources, non pas sur de grandes thématiques ni sur une grande population d’innovateurs individuels mais sur un certain nombre de processus de découvertes et d’émergence  d’activités potentiellement riches en innovation et transformation structurelle. On veut par cela compléter le dispositif de la SRI qui traditionnellement aide à l’innovation dans une logique horizontale mais  pas nécessairement à la découverte entrepreneuriale dans une logique verticale. Or ce sont là les deux réponses irremplaçables d’une économie de la connaissance au problème d’emploi et de croissance :

  • l’innovation d’une firme (ou en partenariat) par laquelle cette firme grandit ;
  • la découverte entrepreneuriale entreprise par un groupe de firmes et de partenaires qui ouvre un nouveau domaine potentiellement riche en spillovers et changement structurel.

 Or, c’est le point clé, tandis qu’une région très avancée peut se targuer d’avoir tous les outils pour soutenir l’innovation au  niveau des entités individuelles, elle n’a pas nécessairement ceux qui permettraient la promotion des découvertes entrepreneuriales. C’est donc la raison d’être d’une S3 pour une région très avancée : concentrer des ressources sur un certain nombre de découvertes entrepreneuriales et offrir ainsi une capacité de rebond y compris aux secteurs les plus avancées de l’économie régionale et bien entendu aussi aux secteurs les moins avancés.

Pour situer la S3 dans tout ce que doit faire une région avancée en matière de politique d’innovation, il suffit de chercher la case vide dans ce tableau à double entrée qui croise : politique verticale versus horizontale ; innovation versus découverte entrepreneuriale.

 

Tableau 1

Innovation

Découverte entrepreneuriale

Politique horizontale

CIR, OSEO, SATT, incubateurs, propriété intellectuelle, universités , ARDI

Plate-formes et autres pour favoriser connection, interdisciplinarité, open innovation

Politique verticale

Aide à l’innovation dans des domaines prédéfinis (énergie, TIC, etc..)

 

 

On voit donc que le cœur de la démonstration – en quoi une S3 serait utile à ma « top region » ? – réside dans le concept de découverte entrepreneuriale, la différence entre celui-ci et l’innovation, ainsi que sur les capacités d’observation, détection et mesure de ces découvertes entrepreneuriales. Rappelons les principales différences entre innovation et découverte entrepreneuriale.

 

Concept

Innovation

Découverte entrepreneuriale

Définition

Idée transformée en produit (procédé) commercialisable

Idée transformée en activité nouvelle visant à explorer de nouvelles opportunités (technologie et marché)

Niveau d’appréhension

Firmes individuelles et partenaires

(niveau micro)

Activité développée par un collectif de firmes et partenaires (entre le micro et le secteur)

Stratégie d’appropriation

Brevet, secret, rente

Spillovers informationnels, entrées

Impact, outcome

Croissance de la firme

Changement structurel, innovations

indicateurs

Brevet, survey innovation

???

 

Ma région est forte en innovation ; nous avons tous les instruments et de bonnes performances ; mais sommes nous aussi forts en découverte entrepreneuriale ; ces processus d’exploration, d’expérimentation et de découverte qui ouvrent les nouvelles voies du changement structurel ?

 

La seconde leçon retirée de ce voyage à Lyon ainsi que des visites récentes en Aquitaine et en Alsace est que la case soi-disant vide du tableau 1 (où la S3 devrait prendre place) ne l’est en fait pas vraiment ! Comme Mr. Jourdain, les régions françaises ont fait de la S3 sans le savoir. Elles ont  su établir des priorités verticales au niveau d’activités émergentes à fort potentiel et impliquant un groupe d’acteurs, entreprises et recherche ; ceci à partir du travail de structuration des systèmes régionaux en pôles et clusters. Quelques exemples discutés au cours de la réunion étaient très clairs : il s’agissait bien de découvertes entrepreneuriales et d’activités émergentes identifiées et stimulées par la politique régionale. Dans le cas (vivement souhaité) où ce savoir relatif à la prioritisation verticale est établi et maîtrisé par l’administration publique,  don’t re-invent the wheel  ! Les mots étaient sans doute différents mais les processus qui avaient été mis en place, dans certains cas (pas toujours), correspondaient bien à l’essence de la S3.

Cependant :

  • Cette verticalité devient le mode privilégié d’administration du FEDER (ce n’était par exemple pas le cas en Rhône-Alpes où le FEDER était alloué de façon horizontale)
  • Les mots sont différents et cette différence a  quand même du sens : la notion de découverte entrepreneuriale est nouvelle et importante, on vient de le voir (pour confirmer la logique bottom up et consolider la distinction entre innovation et activité émergente) ; ainsi que les autres notions (activités nouvelles, idée de révision des priorités au cours du temps ; stratégie inclusive) ; toutes ces notions enrichissent la démarche, lui donne plus de cohérence et d’efficience, sans remettre en cause les approches précédentes (en tout cas certaines d’entre elles, comme bien illustré hier)
  • Enfin, un autre petit plus de la S3 par rapport à ce qui se faisait avant en matière de prioritisation verticale est que la S3 vise à transformer ce qui relevait un peu de la pêche miraculeuse en un effort systématique de détection et appui des découvertes entrepreneuriales.

Merci pour la galette des rois ; elle était exquise ! J’en profite aussi pour remercier Fredéric Pinna pour ses contributions, qui seront intensément discutées le 12 Février à Orléans et qui donneront lieu  ensuite à de nouveaux échanges sur le blog.

 

A bientôt

Dominique Foray

Posted by Dominique Foray at 14:42
Le rôle des Organismes Publics de Recherche: l'exemple de l'INRA

Une réunion à Paris (19 décembre) avec les Chefs de Centre de l’INRA m’a donné l’occasion de réfléchir au rôle des organismes de recherche publique (ORP) dans la S3. Depuis quelques temps déjà nous pensons que ce rôle est important, notamment pour soutenir les logiques de découverte entrepreneuriale  ainsi que pour aider à la coordination des acteurs et partenaires au cours des processus d’émergence et de croissance des nouvelles activités qui ont été prioritisées.

Cependant on peut être plus spécifique. Face à un organisme comme l’INRA, extrêmement présent dans les régions et se présentant comme un partenaire actif des entreprises des secteurs de l’agriculture, agro-alimentaire et autres, on peut se demander quelles compétences l’INRA peut-elle apporter à l’élaboration des S3 régionales. Ces compétences au fond consistent dans ce que les régions ne maîtrisent pas. On attend de chaque région l’élaboration d’une vision stratégique sur son futur ; une stratégie inclusive par laquelle elle repère et affiche certains objectifs de transformations structurelles : réveiller les géants endormis ou mobiliser encore plus les lutins énervés grâce à la prioritisation de certains projets innovants. « J’aimerais réveiller un peu tout ça , se dit le Conseil Régional, mais comment et pourquoi » ? C’est là que l’INRA doit amener ses compétences sur le futur de l’agro-alimentaire, les transitions technologiques et organisationnelles qui s’imposent de façon impérative et qui ne seront réussies que par l’innovation.

En croisant la vision stratégique du futur de la région (que la région doit forger) et la vision stratégique du futur des secteurs agros (que l’INRA doit apporter), on va pouvoir identifier les domaines où de nouvelles activités devraient émerger sans tarder.  Il y a par exemple des transformations fondamentales de métier qu’il faut engager, dont l’INRA connaît les pistes et que certaines régions doivent impérativement placer dans leur S3 car ce sont des secteurs qui comptent pour ces régions.  Dans des domaines peut être moins structurés que d’autres en termes de clusters et de capacités entrepreneuriales, l’INRA doit amener l’expertise qui permettra de savoir où stimuler et où chercher les bons projets.

Après, comme on l’a souvent souligné, cette macro-analyse des structures et des tendances qui identifie des domaines potentiels de prioritisation doit être validée par la qualité des découvertes entrepreneuriales et des projets. Mais là encore l’OPR peut/doit jouer un rôle d’éveil : partenariat , mise en réseau et tout autre mécanisme visant à stimuler ces processus  de découverte et d’exploration.

L’INRA n’a pas à se poser la question de sa légitimité à intervenir dans la S3. On vient de montrer qu’elle est bien réelle. Elle doit en revanche se convaincre elle-même (et notamment penser l’articulation entre stratégie scientifique et implication territoriale sans se contraindre à une harmonie totale entre les deux niveaux) et convaincre les autres (et notamment s’imposer à la table régionale pour apporter son expertise).  

Posted by Dominique Foray at 9:25
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Réactions aux questions de Didier Dareys

Réactions aux questions formulées par Didier Dareys (emails– 22 Novembre et 26 Novembre)

 

Je souhaite enclencher la discussion à partir de deux emails de Didier Darreys, dont je me suis permis d’extraire les questions et remarques fondamentales

Email du 22 Novembre

« Les questions pourraient être les suivantes :

  •  Peut-on faire une S3 réussie sans une SRI aboutie ? ou quel degré de réussite de la SRI doit- on avoir pour enclencher une S3 ?
  •  Laquelle doit l’emporter : la spécialisation ou l’intelligence ? ou l'exercice repose-t'il avant tout sur une specialisation étroite ou pouvons-nous envisager des notions plus larges ?
  •  S3 et TIC : une stratégie à part ou intégrée ? Coment établir une S3 TIC ? Où est le guide ?
  •  Jusqu’où peut aller la spécialisation sans nuire à la diversification de la région ?
  •  Combien de spécialisations peut-on  mettre en place ?
  •  La S3 doit-elle fixer des objectifs ou s’attacher à une méthode ?
  •  Quelle est la liberté d’évolution de la spécialisation sur la durée de la programmation ?

La S3 est-elle appelée à remplacer la SRI ?

Avant de faire une S3 régionale, devons-nous attendre une S3 nationale comme le demande le position paper et l'a rappelé Mikel Landabaso ? Que doit préconiser cette S3 nationale : des choix de filières par région, des technologies déjà nationalement réparties ? » 

 

Email du 26 Novembre

« En premier lieu, il me semble important de préciser que la smart spécialisation est une stratégie qui complète la stratégie régionale de l'innovation mais qui ne s'y substitue pas. La SRI, établie au préalable sur fonds FEDER, a vocation à diffuser dans les stratégies économiques plus générales des collectivités et de l'Etat. Ce qui va se passer avec l'inscription dans la loi l'obligation pour la Région de faire non plus un schéma régional de développement économique, mais un schéma régional de développement économique et de l'innovation. Ce qui ne sera pas financé par les fonds FEDER au titre de la stratégie de smart spécialisation sera donc financé par les fonds régionaux au titre de la SRDEI. Il y a donc une vie à côté de la smart specialisation.

Les projets vont donc circuler entre la SRDEI et la S3.
 »
 

Ces deux emails abordent nombre de questions que j’ai rassemblées autour de quelques grands thèmes.

 

 

Sur les relations S3 et SRI (SRDEI) et sur la liberté d’évolution de la spécialisation (ces questions sont liées)

Je confirme qu’ il y a une vie à côté de la S3   J et effectivement les projets doivent circuler entre SRDEI et S3. Ceci est lié à l’idée de spécialisation évolutive et découverte permanente d’activités ( question venant aussi de Nicolas Carboni (Satt – Connectus, Alsace) ; posée à l’occasion de la première réunion en Alsace). On voit bien le dilemme entre :

  • concevoir un mécanisme S3 flexible et agile de sorte que l’on soit prêt à identifier de nouvelles priorités au cours du temps et donc les supporter (ce qui implique de « laisser tomber » les priorités initiales) et
  • assurer la continuité des financements et du soutien (il faut 5 ans au moins pour que les fondations d’une nouvelle activité soient solides, etc..) .

Mais ce dilemme est moins compliqué qu’il pourrait apparaître à première vue :  oui,  effectivement, il est logique que les priorités S3 prises 4 ou 5 ans en arrière laissent la place à de nouvelles priorités (pour la S3, le qualificatif « nouvelle » dans « nouvelle activité » est très important) ; mais ceci ne veut pas dire qu’ il n’y aurait plus de financement pour les activités prioritisées initialement. Elles sortent de la S3 pour se financer dans le cadre des autres instruments des politiques d’innovation horizontales. Donc comme le dit bien Didier Dareys : il y a une vie après ou à côté de la S3 et les projets doivent  circuler entre S3 et SRDEI.

Et la complémentarité entre S3 et SRI est même plus générale. En effet une « SRI aboutie » , comme le dit Didier Dareys, facilite la S3 : il y aura plus de découvertes entrepreneuriales et donc plus de nouvelles activités qui peuvent prétendre à faire partie de la S3 ; le problème ici étant de ne pas se laisser trop aveugler par les lumières du high tech et faire le nécessaire pour que de nouvelles activités émergent aussi des parties plus « tranquilles » de l’économie régionale (voir ci-dessous la notion de S3 inclusive) .

Donc la qualité de la SRI conditionne l’exercice S3. Cependant et réciproquement (juste pour être tout à fait complet), dans une région moins avancée avec un système régional d’innovation faible (où « tout est à faire »), le fait de cibler un petit nombre d’activités et mettre le paquet sur celles-ci est une voie évidente de progression (effets d’entraînement sur l’ensemble de la SRI)

 

Question : S3 et TIC

Comme il y a deux targets : R&I et TIC devons-nous avoir deux S3. A mon avis non pas du tout !

Il y a une seule S3 et les TIC y ont toute leur place. Elles interviennent de deux façons : dans de nombreuses régions, les TICs constituent un secteur dynamique par lui-même et des priorités en ressortiront et seront intégrées normalement à la S3 ; et dans pratiquement tous les autres secteurs les nouvelles activités qui seront prioritisées prennent appui sur les TICs (TICs appliquées à X ou Y). Ainsi la S3 d’Aquitaine ou d’ Alsace sera « pleine de TIC » (si on peut dire) sans besoin d’une S3 particulière.

Enfin encore une fois « il y a u ne vie en dehors de la S3 »: i.e. pas mal d’actions de promotion des TICs relèvent plus de politiques horizontales en ce qu’elles concernent l’ensemble de l’économie de la région.

 

Questions sur combien de spécialisations ? , spécialisation versus diversification, S3 comme stratégie inclusive

Je crois que les présentations faites à Bordeaux et à Strasbourg tentaient de répondre à ces questions en montrant notamment qu’un objectif essentiel de S3 est de diversifier l’économie ; mais cela ne peut se faire que si on accepte l’idée de spécialisations évolutives (discussion ci-dessus).

En montrant aussi que le niveau de repérage et identification des activités n’est ni le niveau sectoriel (pas de spécialisation sectorielle) ni celui de micro-projets (dans ce cas il n’y aurait plus de spécialisation du tout et on serait dans une politique horizontale selon laquelle on finance tous les projets ayant un certain mérite). On doit trouver le fameux niveau intermédiaire ! Voir la petite note méthodologique n°1 qui a circulé après les réunions et qui est postée sur le blog, en annexe de cette discussion.

Par ailleurs, les slides envoyés par D.Darreys  sur l’élaboration et le rythme/phasage de la SI sont  très bons. J’en ai reparlé en Alsace et ensuite au Pays Basque ; c’est effectivement super important d’élaborer une stratégie inclusive – qui recouvre tous les secteurs et notamment les non high tech. Cela ne veut pas dire forcément qu’on doive prioritiser un projet dans chaque secteur mais on  doit donner à chaque secteur une chance d’être présent dans la SI ; et pour que cette chance soit effective, il y a nécessité de rythmes différents ; il y en a qui sont plus lents que d’autres ! (voir aussi la note n°1 sur ce point). On pourrait prendre cette phrase de Ned Phelps (Prix Nobel d’Economie il y a quelques années) pour motiver notre logique : « While dynamism is crucial, we want dynamism with economic justice – with what I call economic inclusion. It means drawing companies and people into the economic sector of a modern economy, where new ideas for new processes and products are conceived and experimented”. Je trouve que c’est exactement ça! Désolé pour le cours d’économie J

 

Devons nous attendre une S3 nationale  avant de procéder à la S3 régionale ?

Personnellement je pense que cela n’a aucun sens et c’est très contradictoire avec la nature de l’exercice. Les interactions déjà très complexes entre les processus d’activités émergentes et les pouvoirs publics au niveau régional deviendront totalement opaques et sans doute inefficientes si l’on rajoute une couche. J’étais content de voir à Strasbourg que M.Vaillant de la Datar partage ce point de vue.

 

Calendrier

Un dernier point qui m’inquiète ; à nouveau bien pointé au cours de la réunion en Alsace ; c’est la question du calendrier. Si effectivement les régions doivent présenter une S3 totalement élaborée en Avril 2013 ; je trouve que cela disqualifie la démarche car si l’on est cohérent, il n’est pas possible d’élaborer cette S3 en quatre mois – même si l’analyse structurelle a déjà été faite. Donc la question est : qu’est-ce qu’il conviendra vraiment de délivrer lors de la première échéance. Espérons que les gens de la DG Regio, inscrits sur ce blog, éclairent nos lanternes !

Dans l’attente de vous lire,

DF

Posted by Dominique Foray at 15:18
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Une introduction

Je souhaite inaugurer ce blog par de chaleureux remerciements à  l’attention des personnes travaillant dans les administrations et agences régionales, qui m’ont réservé un accueil magnifique, en tant « qu’expert » de la S3. Il est assez rare, dans une vie de professeur et chercheur, de développer un concept qui brutalement impacte d’une façon assez significative un domaine de la vie réelle –en  l’occurrence les stratégies régionales d’innovation. Ce fût une bonne surprise et cela reste une fierté. C’est aussi une chance car je sais que bien d’autres concepts académiques, sans doute intellectuellement plus forts que celui de la spécialisation intelligente, n’ont pas trouvé preneur, en dépit de l’effort de leurs auteurs pour les expliquer. Je pense par exemple aux idées de Jenny Lanjouw sur les questions de transfert de technologie ou celles de Paul Romer sur des problèmes d’action collective dans l’industrie. Il s’agit de deux magnifiques idées sur les politiques d’innovation, qui n’ont jamais débouché.

Je viens d’entrer d’une certaine façon dans une nouvelle période de ma vie professionnelle, en délaissant un peu (mais pas trop !) mes étudiants et mes doctorants, ainsi que mes autres recherches, pour aider les régions à mieux comprendre la nature du concept de spécialisation intelligente et à en déterminer les bonnes pratiques d’implémentation. Je prends cette activité très au sérieux car je me sens un peu responsable de ce qui se passe actuellement (même si cette responsabilité doit être largement partagée, notamment avec ceux qui ont décidé de passer très vite du concept académique à la conditionalité ex ante !). Cette nouvelle vie professionnelle est pleine de bonnes surprises ; ces bonnes surprises que l’on manque lorsqu’on se borne à donner une conférence sur le sujet, répondre à trois questions et vite filer à l’aéroport ! Dans les salles des Conseils Régionaux d’Aquitaine, d’Alsace ou du Nord Pas de Calais, et de bien d’autres encore dans lesquelles j’irai bientôt, les questions difficiles fusent ; la plupart sont très intéressantes ; tenter d’y répondre oblige à descendre de son petit piédestal pour comprendre les contextes, les contraintes et aussi les opportunités.

Depuis le début de mon tour de France, le concept s’est enrichi, peut être au niveau théorique mais surtout en termes de contenu opérationnel. Cet enrichissement est essentiellement dû aux échanges et aux interactions entre les chercheurs académiques et les personnes en charge de la conception et mise en œuvre des stratégies régionales. D’où l’idée du blog. Continuons ces discussions qui seront de plus en plus riches et intéressantes au fur et à mesure que les expériences régionales vont se multiplier. Merci par avance pour vos contributions ; merci aussi d’ouvrir ce blog à toutes les personnes qui vous semblent importantes pour ce débat afin que la petite liste des premiers initiés s’agrandisse vite !

Un dernier mot. Ce blog est en français car il s’adresse tout particulièrement aux responsables des politiques régionales d’innovation en France. Mais nous accueillerons volontiers vos contributions en anglais ! Merci d’avance.

Dominique Foray

 

Posted by Dominique Foray at 16:22
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