Blog de Philippe Thalmann

En réponse aux climato-sceptiques...

... qui se déchaînent dans les médias à l'approche de la COP21

Les médias n'osent pas refuser toutes les nombreuses contributions dont les inondent les climato-sceptiques. C'est bien dommage car elles sèment le doute sur la science et retardent la prise de mesures urgentes. Les scientifiques se fatiguent à répondre à toujours les mêmes arguments simplistes, tout en sachant que c'est inutile, les climato-sceptiques ne s'intéressent pas aux faits, ils veulent juste semer le doute. S'ils ont réussi et que vous avez pensé, en lisant un de leurs billets, "à mais tiens, c'est peut-être vrai", je vous invite à consulter l'un des sites web très pédagogiques qui réfutent ces arguments. Par exemple la note de l'Académie suisse des sciences: http://proclimweb.scnat.ch/portal/ressources/1502.pdf. Pour les germanophones: http://klimafakten.de/, pour les anglophones: http://www.skepticalscience.com (il y en a aussi une traduction française). Des références à garder sous la main. Peut-être que les journaux devraient indiquer ces références chaque fois qu'ils publient le billet d'un climato-sceptique, un peu comme le "Fumer tue" sur les paquets de cigarettes.

Posted by Philippe Thalmann at 8:09
Comments (0)
Un économiste à la tête du GIEC (IPCC)

En nommant Hoensung Lee à sa tête (et je suis triste pour mon collègue et ami Thomas Stocker, qui aurait aussi fait un excellent directeur), le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat a reconnu la riche contribution de la science économique dans la lutte contre les changements climatiques. Souvenons-nous que la limite des 2°C de réchauffement global à ne pas dépasser sous peine d'exposer le climat planétaire à des dérèglements imprévisibles a été formulée la première fois par un économiste, William Nordhaus, en 1977, avant d'être reprise et popularisée par Hans Joachim Schellnhuber. Souvenons-nous aussi de l'impact du rapport de l'économiste anglais Nicholas Stern en 2007, lorsqu'il avait montré qu'il coûterait beaucoup plus cher de ne rien faire pour éviter les changements climatiques que de prendre les mesures nécessaires. Aujourd'hui, le message le plus fort est peut-être celui qui a été lancé par Malte Meinshausen (climatologue et économiste formé en Suisse) et ses collègues dans la revue Nature en 2009, lorsqu'ils ont formulé un budget d'émissions de gaz à effet de serre à ne pas dépasser pour avoir de bonnes chances de limiter le réchauffement à 2°C. Un budget que les pays signataires de la Convention sur le climat vont se répartir à Paris à la fin de cette année. Ces exemples montrent pourquoi les économistes jouent un rôle aussi important dans le domaine climatique: ils osent articuler des chiffres précis là où leurs collègues des sciences dures évoquent prudemment des fourchettes et de vagues probabilités. Ces exemples montrent aussi que les économistes ne sont de loin pas tous ces avocats des intérêts économiques dominants qu'on leur reproche souvent d'être.

Posted by Philippe Thalmann at 8:13
Comments (0)
VW quel gâchis!

Longtemps Volkswagen, par l'entremise des gouvernements allemands successifs, a tout fait pour empêcher l'UE d'adopter des normes anti-pollution plus sévères pour les voitures diesel. Puis c'est passé quand même et on a pensé que VW avait accepté de ménager la santé des populations. L'entreprise s'était même propulsée dans le peloton de tête de "l'économie verte", ce projet de réduire massivement les impacts environnementaux de l'économie sans remettre en question les mécanismes de son fonctionnement, en particulier en misant sur la bonne volonté des entreprises devenues conscientes de leur responsabilité environnementale et sociale. VW a mis en place et largement communiqué son programme Think Blue. Je cite la page d'accueil du programme <http://thinkblue.volkswagen.com/fr/fr/start; 23.09.2015>:

"Chacun peut contribuer à préserver notre environnement. Chez Volkswagen, nous ne nous contentons pas de construire des voitures moins émettrices de CO2. Avec « Think Blue. », nous avons aussi inventé une approche globale du développement durable. Think Blue. L'innovation responsable."

Le scandale de la manipulation des tests anti-pollution et les mensonges sur les émissions polluantes de ses modèles diesel montrent que VW n'a pas changé de nature. La recherche du profit et de la puissance économique, même aux dépens de la santé des populations et en violation des législations, est restée inscrite dans les gênes de cette entreprise. Ceci affaiblit considérablement la crédibilité de la réponse "économie verte" aux nécessités de réduire les impacts environnementaux de l'industrie. Cela va renforcer la popularité de mesures de régulation et de contrôle plus dures. Quel gâchis!

Posted by Philippe Thalmann at 8:29
Comments (0)
First Swiss Real Estate Research Congress

L’immobilier et le développement territorial sont les deux thèmes choisis pour le premier Swiss Real Estate Research Congress 2015. Des travaux de qualité scientifique et l’état actuel des connaissances dans ces domaines y seront présentés et discutés.

Avez-vous rédigé un travail dans le domaine de l’immobilier ou de l'aménagement du territoire, dans un cadre universitaire, au sein d’une haute école spécialisée ou pour une entreprise ? Discutez vos résultats avec un public d’experts composé de professeurs et d’analystes! Apprenez-en davantage sur les connaissances et les contributions issues d’autres disciplines et nouez des contacts avec différents instituts et sections de recherche. Nous vous invitons à nous faire parvenir votre contribution.

Informations: http://www.srerc.ch/index.php/fr-fr/home

Posted by Philippe Thalmann at 18:14
Comments (0)
Comment motiver la population pour la transition énergétique?

Les votations du week-end ont à nouveau montré que des organisations financièrement puissantes peuvent, avec de grossiers mensonges, convaincre de nombreux citoyens à voter contre leurs propres intérêts. Dès lors, il sera difficile d'obtenir un soutien populaire pour la transition énergétique. Des arguments de rationalisation – p.ex. prendre des mesures aujourd'hui pour atténuer les changements climatiques et abandonner les énergies fossiles coûtera moins chers que de réparer les dégâts futurs – paraissent peu prometteurs.

Je pense qu'il faut plutôt suivre le modèle de l'électrification des chemins de fer entre les deux guerres. Voici la description qu'en fait le Dictionnaire Historique de la Suisse <http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F42003.php>:

"Avant la Première Guerre mondiale déjà, les entreprises Maschinenfabrik Oerlikon (MFO) et […] Brown Boveri (BBC) avaient électrifié chacune une ligne des CFF, à leurs propres risques. Par la suite, les CFF adoptèrent d'abord le courant triphasé en usage sur la ligne du Simplon, au lieu du courant alternatif monophasé développé par MFO, qui s'avéra pourtant plus prometteur et s'imposa durant la Première Guerre mondiale, sous l'effet du manque de charbon. En dépit de la conjoncture instable de l'entre-deux-guerres et des dettes qui ne faisaient qu'augmenter, l'électrification fut poursuivie. Les CFF construisirent des centrales (Piotta, Amsteg, Barberine), commandèrent de nouveaux types de locomotives, activèrent la pose des caténaires. Vers le milieu du siècle, le réseau des CFF était électrifié à 99,5%, fait unique au monde."

Tous les ingrédients sont là: malgré le contexte économique difficile, le gouvernement et les entreprises se sont attelés ensemble à moderniser le réseau et à supprimer la dépendance aux importations d'énergie fossile. On a investi massivement dans la production d'énergie (hydroélectrique, soit renouvelable) et dans les réseaux et on a remplacé toutes les «machines» (locomotives). Avec pour résultats un précieux know-how, des entreprises puissantes et un fort potentiel d'exportation.

Et si nous faisions cela encore une fois avec toute l'économie! En commençant peut-être par la circulation routière. Plus besoin de demander à la population de se restreindre, de renoncer, d'économiser. A la place, on offre une vision de modernisation, d'innovation, d'indépendance, d'énergie et de «machines» propres et, last but not least, de croissance. Pour cela, cependant, les objectifs de réduction de la consommation d'électricité doivent être levés, notamment dans la loi sur l'énergie et le projet de transition énergétique. Et il faut s'assurer que l'utilisation additionnelle d'électricité soit couverte par de la production indigène propre et renouvelable.

Posted by Philippe Thalmann at 9:41
Comments (0)
Entre Pam et Jag

Le quotidien Le Temps a fait très fort aujourd'hui en juxtaposant en page 6 un excellent article sur le nouveau symbole des dérèglements climatiques – le cyclone Pam qui vient de ravager l'archipel de Vanuatu – avec en page 7 une grande publicité pour la nouvelle Jag**r F-Type AWD et son moteur à 550 chevaux. Cela montre bien comment on s'en f**t au fond des changements climatiques qui font des ravages à l'autre bout du monde. Et si le Conseil fédéral s'avisait de nous priver du besoin vital d'émettre 269 grammes de CO2 par kilomètre (chiffres du fabricant pour ce modèle, juste un peu au-dessus de la limite de 130 g prévue dans la loi), on votera pour le parti populiste qui veillera à bloquer toute nouvelle taxe sur les carburants.

Posted by Philippe Thalmann at 8:07
Comments (0)
Remplacer la TVA par une taxe sur l'énergie non renouvelable

Jusqu'au 8 mars prochain nous votons sur l'initiative populaire des Verts-libéraux intitulée "Remplacer la taxe sur la valeur ajoutée par une taxe sur l'énergie". Le débat est vif autour du taux prévisible de cette taxe sur l'énergie. Pour le savoir, j'ai effectué mes propres calculs.

En première approximation, l'initiative prévoit une taxe prélevée sur les énergies non renouvelables utilisées en Suisse. Chaque forme d'énergie non renouvelable primaire doit être taxée au pro rata de son contenu énergétique (kWh). Le taux de la taxe doit être fixé de sorte à ce que sa recette totale soit égale au produit moyen de la TVA des cinq années qui auront précédé sa suppression. A partir de là, le taux de la taxe est modifié chaque année pour que sa recette suive la croissance du PIB.

Il est évidemment difficile de se projeter à la date inconnue du remplacement de la TVA par cette taxe sur l'énergie, mais on peut calculer le taux auquel elle aurait été introduite si on l'avait introduite lors de la dernière année pour laquelle on dispose de données suffisantes, soit 2013. La TVA a rapporté en moyenne 21 milliards de francs de 2008 à 2012, donc c'est cela la recette à atteindre avec la taxe sur l'énergie non renouvelable en 2013. En divisant cette recette simplement par l'utilisation totale d'énergie non renouvelable en 2013, on aboutit à une taxe de 8.3 ct/kWh. C'est déjà un montant considérable quand on sait que l'électricité coûtait 19 ct/kWh en 2013. Il faut donc s'attendre à une diminution de la consommation d'énergie non renouvelable, ce qui nécessite un taux de taxe plus élevé, ce qui va encore davantage réduire la consommation, etc. En utilisant des estimations typiques de la sensibilité aux prix de la demande pour l'électricité, l'huile de chauffage, le gaz et les carburants, j'estime que la taxe aurait dû être de 11.3 ct/kWh d'énergie non renouvelable en 2013 pour générer 21 milliards de francs de recettes.

Comme l'initiative prévoit que les entreprises exposées à la concurrence internationale pourraient être exemptées de la taxe, cela réduirait d'autant son assiette et impliquerait un taux plus élevé. L'initiative prévoit aussi la possibilité d'imposer la taxe sur les importations au pro rata de leur contenu en énergie non renouvelable, ce qui, si c'était légalement, politiquement et pratiquement faisable, permettrait d'abaisser le taux de la taxe.

11.3 ct/kWh, cela représente 1.12 CHF par litre d'essence, 1.20 CH par litre de diesel ou d'huile de chauffage. Il faut évidemment soustraire de ces montants la suppression de la TVA, soit quelques 13 ct par litre d'essence ou de diesel. En gros, on peut retenir que le litre de carburant aurait été plus cher d'un franc environ en 2013, quand le litre d'essence 95 s'achetait en moyenne pour 1.77 CHF et le litre de diesel pour 1.89 CHF.

Il vaut la peine de mettre ces chiffres en perspective. Notons d'abord que 1 franc par litre c'est à peu près le montant estimé des coûts externes non couverts de la circulation automobile. L'internalisation des coûts externes, que tous jusqu'aux partis libéraux appellent de leurs vœux en théorie, justifierait déjà une telle taxe additionnelle sur le litre de carburant.

Notons ensuite que le prix du litre d'essence en 2013, soit 1.77 CHF, représentait une augmentation de 54% par rapport au prix correspondant en 1980, soit 1.15 CHF. Or, l'indice des salaires a augmenté de 120% entre 1980 et 2013. Cela signifie qu'avec le salaire médian de 44 francs/heure en 2013 on pouvait acheter 25 litres d'essence après une heure de travail, alors qu'avec le salaire correspondant en 1980 (20 francs) on ne pouvait acheter que 17 litres. Si on considère encore l'amélioration de la sobriété de nos voitures, il n'est pas exagéré d'estimer que l'essence coûtait au Suisse moyen en 2013 réellement la moitié de ce qu'elle lui coûtait en 1980. Le franc supplémentaire aurait donc été parfaitement supportable.

Le bureau d'études bernois Ecoplan a été chargé par l'Administration fédérale des finances d'estimer le taux de taxe sur l'énergie non renouvelable qui serait nécessaire selon l'initiative. Il a abouti à des chiffres tout à fait comparables aux miens à court terme. L'auteur, André Müller, s'est cependant aussi projeté dans l'avenir et il a estimé que la taxe devrait atteindre 26 ct/kWh en 2035 et même 36.8 ct/kWh en 2050. C'est ce dernier chiffre qui est couramment cité par le Conseil fédéral et les autres adversaires de l'initiative, sans toujours préciser qu'il s'applique à un avenir plutôt lointain.

La progression phénoménale du taux de la taxe n'est pas due à une soudaine croissance économique spectaculaire de la Suisse mais à deux autres hypothèses: les recettes de la TVA doivent encore augmenter et, surtout, l'assiette fiscale va continuer à s'éroder. Dans mes calculs, la consommation d'énergie non renouvelable ne diminue que du fait de la taxe. En réalité, la transition énergétique, la politique climatique et le projet de développement durable inscrit dans la Constitution doivent nous faire abandonner progressivement les énergies non renouvelables. La décision a été prise d'abandonner l'énergie nucléaire et notre consommation d'énergie fossile devrait diminuer de 80% au moins d'ici 2050 si nous voulons contribuer équitablement aux efforts mondiaux visant à maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 2 degrés. Dans ces conditions, la taxe prévue par l'initiative est condamnée à terme.

En résumé, le principe de la taxe sur les énergies non renouvelables est juste, pour internaliser les coûts externes de leur utilisation et pour favoriser leur remplacement par les énergies renouvelables et les économies d'énergie en général. Le niveau prévu l'est aussi. Par contre, il est irresponsable d'utiliser la recette éphémère de cette taxe pour supprimer un impôt aussi pérenne et important que la TVA. Si on veut supprimer la TVA, il faut la remplacer par un impôt assis sur une assiette plus stable, par exemple l'ensemble de la consommation d'énergie. Si on veut taxer les énergies non renouvelables pour les motifs que je viens de citer, il faut affecter la recette au renforcement de ces motifs, donc subventionner les économies d'énergie et la transition vers les énergies renouvelables. Le besoin de ces subventions disparaîtra exactement en même temps que les énergies non renouvelables et donc que la recette de la taxe incitative.

On peut évidemment aussi redistribuer la recette aux ménages (la redistribuer aux entreprises est un peu absurde). Il serait logique alors de le faire de façon à privilégier les ménages qui sont particulièrement affectés par le renchérissement des énergies non renouvelables. Soit on trouve un moyen de les identifier, soit on les aide à s'affranchir de ces énergies, par exemple en subventionnant la rénovation énergétique des bâtiments, les transports publics et les produits de proximité. On aura alors fait d'une pierre deux coups: favoriser l'abandon des énergies non renouvelables et aider les ménages les plus touchés par la taxe.

Posted by Philippe Thalmann at 14:13
Comments (0)
Le monde idéal, le monde réel et l'enfer de la globalisation

Dans le monde idéal de nos manuels d'économie néo-classique, les ouvriers qualifiés et bien payés suisses fabriquent de belles montres et les ouvriers qualifiés et bien payés allemands fabriquent de belles voitures. Les premiers vendent leurs montres aux seconds et les seconds leurs voitures aux premiers. Chacun bénéficie de produits de meilleure qualité que si chaque pays produisait tout lui-même. Les échanges sont mutuellement avantageux, tout le monde sort gagnant de la globalisation des marchés.

Dans le monde réel, un clan de nomades a pris le contrôle absolu d'une monarchie du golfe dont le sous-sol regorge d'énergie fossile. Il fait extraire cet or noir par des ouvriers étrangers privés de droits et sans égards pour l'environnement ou les générations futures. Nous achetons cette énergie fossile et la brûlons dans des moteurs à très faible rendement. Avec les francs que nous lui avons donnés pour son or noir, le clan passe des vacances luxueuses dans nos palaces et dépense des fortunes dans nos bijouteries. Dans cette globalisation des marchés, il y a des gagnants et de nombreux perdants.

Dans l'enfer de la globalisation ultra-libérale, la famille étendue du monarque utilise les 11 milliards de francs que nous dépensons chaque année en importation d'énergies fossiles pour acheter les quelques 15'000 logements de la ville de Montreux (750'000 francs par logement en moyenne). Elle résilie ensuite tous les baux et expulse la population. Avec les 11 milliards de l'année suivante, elle transforme la ville en Las Vegas sur la Riviera.

Posted by Philippe Thalmann at 8:55
Comments (0)
Le monde idéal et les enfers de la liberté d'expression

Dans le monde idéal, un journaliste peut accuser dans un article le responsable des travaux d'une commune d'avoir accepté des pots de vin en échange de l'attribution de travaux publics. L'accusation est relayée par d'autres médias en précisant qu'il ne s'agit pour l'heure que d'accusations formulées par un journaliste. Un juge d'instruction se saisit de l'affaire et enquête rapidement. S'il confirme les accusations, le municipal est jugé et éventuellement condamné. Le journaliste est félicité pour sa vigilance. Si les accusations s'avèrent infondées, le journaliste reçoit un blâme et on attachera moins de foi à l'avenir à ses accusations. S'il existe un soupçon fondé qu'il a lancé les accusations dans le seul but de nuire au municipal, le juge d'instruction ouvre une enquête pour établir les faits. S'ils sont avérés, le journaliste est jugé et condamné à une peine proportionnée au tort qu'il a causé.

Dans l'enfer 1, le journaliste qui a accusé le municipal est arrêté et condamné aux travaux forcés. Le journal qui a osé publier ses accusations est fermé et de lourdes amendes sont infligées à ses responsables et propriétaires. Tout ceci dans le but de protéger les autorités contre des accusations, justifiées ou non.

Dans l'enfer 2, des tabloïds se saisissent des accusations, les amplifient, hurlent à la corruption généralisée des autorités publiques et demandent des têtes. Les esprits s'échauffent, le municipal accusé est bousculé, on tire sur sa maison. Son épouse perd son emploi, ses enfants sont harcelés à l'école. Sous la pression populiste, le municipal se suicide. Les tabloïds déclarent qu'il a ainsi avoué sa culpabilité. Le journaliste à l'origine des accusations est promu dans la rédaction d'un tabloïd.

La liberté d'expression n'est qu'un élément d'un système politique de qualité. Elle peut contribuer à le façonner, mais il ne suffit pas de le proclamer haut et fort. Il faut mettre en place les institutions politiques et juridiques qui lui permettent de jouer son rôle. Il faut supprimer les mécanismes qui en font un instrument trop dangereux pour ceux qui en usent et ceux qui sont visés.

Posted by Philippe Thalmann at 8:54
Comments (0)
Vous avez aimé la réforme II de la fiscalité des entreprises? vous allez adorer la III

La réforme de l'imposition des entreprises II a introduit le principe de l'apport de capital, qui libère des impôts le remboursement d’apports, d’agios et de versements supplémentaires effectués par les actionnaires. Depuis que cette disposition est entrée en vigueur le 1.1.11, les grandes SA versent leurs bénéfices dans des réserves et dissolvent d'autres réserves constituées justement de ces "apports de capitaux" pour verser des dividendes que les bénéficiaires n'ont pas besoin d'ajouter à leur revenu imposable et qui ne sont pas soumis à l'impôt anticipé.

UBS, par exemple, a réalisé un bénéfice de 2,7 milliards de francs en 2013. Elle a versé ce montant dans les réserves de bénéfices puis elle a prélevé 960 millions de francs dans sa réserve en apport de capital pour les verser en dividendes à ses actionnaires. Il reste 40,7 milliards de francs dans cette réserve, donc les actionnaires d'UBS ne sont pas prêts de payer des impôts sur leurs dividendes.

Pour la Confédération et surtout les cantons et les communes, cela implique des pertes de recettes fiscales de quelques 600 millions de francs chaque année depuis 2011 et, selon les aveux tardifs des spécialistes de l'Administration fiscale, pour de nombreuses années encore. En effet, il restait encore quelques 1000 milliards de francs dans les réserves en apport de capital des entreprises suisses à la fin 2012.

Dans le message fédéral du 22 juin 2005 qui accompagnait la loi sur la réforme de l'imposition des entreprises II, le Conseil fédéral avait déclaré qu'il était pratiquement impossible de quantifier les diminutions de recettes causées par cette réforme et qu'il a donc renoncé à les estimer (p.4590). Les lecteurs rapides, soit tous les conseillers nationaux et fédéraux et surtout tous les citoyens qui ont accepté cette réforme d'extrême justesse (50,5%) en ont déduit qu'elles seraient négligeables. Ceci a été confirmé par le Tribunal fédéral, qui a jugé que les explications du Conseil fédérale étaient pour le moins insuffisantes. Mais bon, de là à renverser un vote…

Avec la réforme de l'imposition des entreprises III, le Conseil fédéral remet le couvert. Cette fois, il s'agit de répondre aux injonctions répétées de l'OCDE et de l'UE pour que la Suisse cesse d'accorder des privilèges fiscaux considérables aux sociétés holding et autres créées en Suisse par des entreprises internationales dans le seul but "d'optimisation fiscale". Pour faire simple, ces sociétés permettent aux entreprises qu'elles représentent de payer la moitié des impôts que paient des sociétés suisses aux revenus comparables (et beaucoup moins que ce qu'elles paieraient dans les pays où elles exercent réellement leurs activités). Chaque pays est libre de fixer le niveau d'imposition qu'il souhaite, mais privilégier des sociétés étrangères dans le seul but de les attirer, ce n'est pas fair play.

Réponse attendue par l'OCDE et l'UE: la Suisse abolit ces privilèges et relève la fiscalité des entreprises étrangères au niveau de celle des entreprises suisses. Réponse donnée par le Conseil fédéral, le Parlement et les autorités cantonales: la Suisse abolit ces privilèges et abaisse la fiscalité des entreprises suisses au niveau de celle des entreprises étrangères (ou presque). En d'autres termes, au lieu de supprimer les privilèges fiscaux, ont les généralise. Evidemment cela va coûter encore quelques milliards de recettes fiscales, mais bon, il suffira le lancer un n-ième programme d'économies dans les administrations fédérales et cantonales.

Posted by Philippe Thalmann at 8:49
Comments (0)
Page : « Previous 1 2 3 4 5 Next »
RSS